Un matin. L’astre royal se hisse. Non sans peine. Au-dessus de la rase campagne. Les herbages jouent avec la terre et tracent des sillons. Vert et marron. Quelques fois, jaune. Le soleil joue à saute-mouton au-dessus du TGV, change de champs. De camp. Et me fait plisser les yeux. La musique couvre le roulis du train. Remplis les espaces trop larges des fauteuils de première. Comme le vide borde un aute vide et retiens les chutes.
Un matin. J’ai surpris les nuages. Ces petites boules de rien. De blanc et d'impalpable. Chassées un par un des bois qui s’étalaient à foison. Débusquées des marécageux bocages. Recroquevillées à la surface de l’eau d’un étang paisible. Traquées entre les ceps de vignes. Les volutes de coton parsemaient la campagne. A la cime des chênes. Le long des champs en jachère. Les poussières de brouillard agglomérées s’élevaient dans le soleil. Attirées ou pourchassées par les faisceaux lumineux. C’est selon. Parfois, les nuages se levaient d’un seul homme sur toute la superficie des cultures qui vallonnaient la vue. A perte. Se regroupant. Les uns accolés aux autres comme pour faire prise au vent. Et voguer, plus haut. A l’abri de la voûte. Parfois, timidement, un seul se retrouvait à flotter doucement au-dessus des conifères. Somme toute errant. Sans repère dans ce ciel moutonneux mais sans limite. D’autres fois, ils rivalisent de génie et de fierté et s’étendaient de long en long par-delà les forêts. Rendant invisible les cultures de colza. Alors que plus loin, ces mêmes céréales jouaient avec malice des reliefs. Côtoyaient avec subtilité les terres brutes. Des quadrillages entiers de couleurs savamment alternées. Des damiers et des bottes animent les étendues lascives. D’autres encore, avaient déjà rendus l’âme et s’élevaient avec la lenteur de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Une voûte céleste mouchetée de nuages blanchâtres. N’ayant que la pureté et le velouté insaisissable pour toute affirmation de leur existence. Quelques heures. Latitudes. Kilomètres. Plus loin. Ils constellaient un ciel épars au bleu incertain.
Un matin. J’ai vu naître les nuages.

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