"Si vous patientez, c'est que d'autres se font masser."
Alors, j'ai attendu. En silence. D'ailleurs, je n'avais pas l'intention de me faire remarquer. J'ai patienté. Aussi sage que cette image. J'aurais bien voulu. Courir. Loin. Et très vite. J'aurais peut-être semé ce corps et son âme insensée. Au détour des ruelles. A la nuit tombante. A mille lieues de ces murs jaunis, aux couleurs indécises. Rayés par bien des brancards. Loin de ces gens qui avaient des raisons de prendre leurs maux en patience. Mais, j'ai laissé les heures s'égrener. De longues minutes à fixer le linoléum. Gris si je me souviens bien. A chasser les flashs. Et des chaises en fer bleu aussi. A baisser le volume de la chanson d'alors. Soudées les unes aux autres. A tressaillir en revivant l'instant. De chaque côté du mur. Et une fenêtre, au bout. J'ai laissé filer l'heure. Docile. Assise à côté de moi. Peut-être que je me tenais la main. Me retenais. Je ne me rappelle plus très bien. Un tant soit peu perturbée. L'agent, à l'entrée, veille aux prises de poudre d'escampette. Il ne m'aurait pas laissé tester mes enjambées. Il n'a pas souris quand j'ai répondu à ses questions pour l'admission. Ce n'est pas grave pourtant. Sans intention cachée. Des motifs de venue étrange pour la petite brune, indiquaient son sourcil droit. Et il a coché deux cases pour un seul cas.
Je crois, que j'avais mal aussi. Et le blanc de la pharmacie se teintait. Non, il ne fallait pas détaler. Seulement attendre. Ne dévisager personne. Ni tourner la tête à gauche, vers le couloir. On m'oublierait peut-être. Déchiffrer inlassablement l'affiche, le slogan. Et patienter. Eternellement, puisque je le peux. Peut-être qu'à force de ne pas dire le mal à voix haute. Pour s'en convaincre. Se l'autoriser. Ne plus croire à une tare ou un caprice ou une illégitimité. A force... Le mal par le mal. Bêtement, certes. De l'ordre de l'inévitable cependant. Là aussi, il s'anesthésie. Le mal. Et je n'ai pas soupçonné la dextérité. Celle de la souffrance comme le dira, plus tard, qui de droit. Entre des murs bien bleus. Propres. Aux trois fauteuils assortis. Ces mots là, je ne les prononce pas. Les écris du bout des doigts. J'ai trempé la plume dans l’encrier. Un peu trop fort. Cette fois.
Et, j'ai attendu. Le regard vers le haut. Pas pour changer. Mais je n'avais pas le choix. Et je ne voulais pas voir. Ne pas être vu non plus. Être là est déjà trop. J’aurais pu m'endormir. Presque. Il fait mal. Il tremble, me semble-t-il. Un interne sûrement, chaperonné et balbutiant. Il n'y a que du bleu tout autour. Mais dévalé. Aussi pâlot que ma carnation. Et un outre-mer sur mon bras. Avec un trou. Dans le bleu. Pour qu'il travaille. Je ne regarde pas. Je sens. C'est suffisant. Mais chut. Il pense que je pleure parce-qu'il me fait mal. Non, ce n'est pas pour ça. Mais, je ne parle pas. J'ai oublié mes mots. Les sons. Dans la salle d'attente. Ou peut-être la raison, à la maison. J’ignore ce qu’il faut dire. Répondre aux questions d'usage sur la profession, est déjà éprouvant. Je vaque, plus loin. Dans les couloirs que je ne connais pas. Sans davantage envie de découverte. Le dernier point est hors de la zone endormie. Il s'empresse de dire que c'est terminé. Je le rassure, ça va. Il ne m'a pas fait mal. Je mens un peu. Sans conséquence, je peux. De toute façon, je l'ai bien cherché. Il fulmine peut-être. Comme cas il a eu plus palpitant. Il n'a pas de temps à perdre avec de faux malades. Il est parti. Au revoir. Et, je ne reviendrais pas. Si, pardon. Dans dix jours. Pour payer. Et oublier. Presque.
Mais, il faut attendre. Encore. Une dame en blouse blanche tient à me rencontrer. Pas d'échappatoire. Je ne proteste pas. Ce serait pire. Je patiente. Sur une chaise au siège bancal. Trop longtemps. Dans un couloir. Jaune et bleu. Je n'ai pas faim. Malgré l'heure. Seulement envie de rentrer. De ma couette. Je suis fatiguée. Et les néons me brûlent la rétine. Je reste là, pourtant. Cachée derrière les portes battantes automatiques. Pas à l’abri cependant. Personne ne rentre sans autorisation. Je peux l'offrir, mon laisser passer. Les civières s'entassent. Les minutes passent. Les patients parlementent leurs sorties. Contre avis médical. Il a signé, l'homme en costume. Il me laisse là. En face d'une africaine allongée dans un box. Assoupie de douleurs. Peut-être. Je la croise derrière la caisse du magasin au Coca-cola Light à 0,33 centimes les deux litres. Mais, je ne la fixe pas. A sa place, je n'aimerais pas. J'attends. A côté d'une femme. Soûle. Qui attend, impatiemment, elle, le même professeur que moi. Et d’un clochard. Je me languis de respirer l’air frais. Je ne me rappelle pas du sol. Juste de mes pieds. Dans mes ballerines noires à ronds. Rose. Vert. Bleu. Ces chaussures que je n'aime pas. Encore. Et. Que faudra-t-il dire ? Je ne sais même pas pourquoi.
Elle est venue. Je n'ai pas compris son nom. Mais il est écrit. Sur sa poitrine. Sa spécialité aussi. Sous le logo AP-HP. Mes réponses ne lui conviennent pas. Elle reprend tout. Triture. Bonne professionnelle. Elle n'est pas responsable du secteur pour rien. Elle ne me croit pas. Mais je ne pleure plus. L’attente m'a ramollie. Usée. Cela faisait presque dix jours que mes yeux étaient secs. Avant lui, bien sûr. Sécheresse amorcée. Avec elle. Et tout se mélange. Elle ne veut rien lâcher. Elle insiste. Plusieurs fois. Ne veut pas me laisser partir. Pose des questions stupides. Et revient à ses idées. Elle adoucit les termes. Mais j’ai compris. Et sa proposition est inacceptable. A tort, peut-être. Sans doute. Je ne prends jamais les bonnes décisions. De toute façon. Elle finit par remplir son dossier. Enfin le mien. Si jamais je revenais, je ne sortirais pas. Cette fois.
A bout cette fois. Besoin d'air. Pas de l'oxygène en bombonne. Du pollué. De dehors. De là où viennent les sirènes. Mais je suis bien élevée. Et pas totalement folle. Un deuxième coup d'éclat, et je dormais sur place. Ou à quelques rues de là. Dans sa maison blanche. Elle ne m’a pas laissé le choix. J’ai attendu. Dans la salle des infirmiers. Elle m'a donné un bonbon. Rose. Pas la moitié. Un entier. Elle aurait pu. La division était indiquée. Au centre. J'ai eu peur qu'elle vérifie. Je l'ai avalé. Elle a juste endormie les élancements. Pour une nuit. Et presque une journée. En rentrant, je n'ai pas pu faire la vaisselle. Celle qui expliquera les points. Un verre cassé. Qui glisse avec la mousse. Et ma mère qui ne me croit pas. Je le sens dans ses silences comblés par les rires de la famille, en ce jour de surprise. Quelle fille, pauvre maman.
Mais. Je n'avais plus à attendre. Pas même l’agonie des heures grises. Mon cachet rose dans le sang.

C’était sans compter sur les réveils.

mechante
By mechante.canalblog.com

Une fois encore. J’ai manqué la perche. Engluée dans mes impossibles avancées. Je tourne. Retourne dans les mêmes problématiques. Chahutée de toutes parts par des mots précieux. Et désespérément lâche. Peureuse. Fuyante. Pourquoi ?
J’ai eu peur. Blesse en voulant épargner. Grandir. Mais je ne demeure, petite. Rien ne marche comme prévu. Je rends impuissant. En ne sachant pas saisir les mains. En ne sachant pas dire. Ni quoi ni comment. En posant trop de questions aussi. Ces questions dont je devrais trouver les réponses. Ou les chercher, seule. Je vais lasser à force de ne pas savoir. De ne pas savoir me risquer.
J’ai eu peur. Que des médecins, spécialisés, me juge "folle", malade à ce point pour ne plus vouloir me laisser sortir. Je ne vais pas bien. Vraiment pas.
J’ai faillit céder. Acceptéer l'internement. Pendant une minute peut-être, j'ai penché de l'autre côté. Parce-que pauvre petite fille est fatiguée.
Et dans ma tête, hurle dans tous les sens contraires. Et les autres alors ? Tu crois que les autres ne souffrent pas uant que toi ? Tu n'es pas seule dans ce cas. Tant souffrent bien plus que toi. Injustement. N’ont pas tes chances au creux des mains. Tu les salis à ne pas réussir. A aller toujours mal. Surtout ceux qui t’aiment. Tu ne sais pas les aimer en retour. Juste souffrir, calfeutrer entre tes murs de folie. Que leur donnes-tu? Juste du souci, des dépenses, du temps volé, des inquiètudes sans réponses. Et tes envies sont mensonges, qu’épées de Damoclès au-dessus de leurs jours. Partir ne les laisserait pas vraiment en paix. Tu n'as qu'à faire comme tout le monde, vivre et te taire, avancer. Pourquoi tu ne sais pas faire ? Pourquoi ?
J’ai eu peur des regards. Des mots. De la confrontation. Avec eux. Avec moi. J’aurais du signer l’admission. J’aurais du. Ils m’auraient gardé. M’auraient peut-être aidés. Ou j’aurais peut-être su attraper leurs mains. A défaut de souiller celles des êtes aimés. Ils auraient finit par m’euthanasier si rien ne bougeait, encore, comme j’aurais coûté trop cher à la société et n’était d’aucune utilité. Je ne fais jamais les bons choix. Tant pis pour moi. Pardon pour ceux pris malgré eux, dans la tourmente.
Vraiment, je voudrais que tout cela cesse. Plus les jours s'écoulent, et plus je sens que je m'enfonce dans un dédale où je ne saisis plus rien. Tout se mêle. Contradictions, vérités perdues, désirs de bien faire et aberrations...

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