Il est toujours comme ça. Par soubresauts. Il s'excite à l'autre bout du téléphone. Tempête. Clame et déclame. Ordonne souvent. Sans forme ni manière. Impatient comme un chien fou. Tendu vers un but dissimulé.
Pudique l'excentrique.
Un sentiment et ses dérivés qu'il veut intimes. A raison. Cela ne concerne qu'eux. Personne d'autre. Surtout pas la petite. Tout perle pourtant de ses cris fanfarons. De ses coups de gueule blessants. De son impatience. Il ne sait feindre la finesse de l'indifférence. Piqué à coeur, il réagit à vif. Se sent vulnérable. En rien viril. S'en défend. Joue les enfants sentant la neige pour fuir les émotions. Détourner l'attention. Il en est délicieux. Si vous ne lui signifier rien de ce que vous décelez en lui. Depuis bien longtemps démasqué. Le jeu consiste à n'en rien divulguer. Il en serait vexé et penaud. Colères homériques en latence.
Elle le connaît. Un tant soit peu. De ce qu'il offre. Et puis, de ce qu'elle devine. D'observations attendries en stupéfactions fortuites. Dans ses gestes. Ses mouvements d'humeur et de pupilles. Le clapotis de ses doigts quand exaspération et angoisse se mêlent à l'interminable attente de son retour. Elle le lit. Lui, c'est plus facile. Dans ses extravagances ou ses retenues elle est un peu en terrain connu. Mais d'autres. Pour déchiffrer... Dénouer les envies de verbalisation et l'indicible. Elle a perdu sa sensibilité. N'a pas su. Pas poussé les portes entrouvertes. S'en veut. Cela ne change rien. Perd ses chances au fur et à mesure. Lui aussi, lui "échappe". Si tant est qu'il soit d'une quelconque façon relié. Mais elle aime le voir naviguer. Avec sa fière allure d'homme naissant. Conquérant. Parfois imbu. Parfois chétif. Il gagne. Sur tous les terrains. Afflux de vie. Toujours tourné vers l'horizon.
Il se perfectionne de plus en plus dans l'humain. S'illustre dans l'éducation sentimentale avec brio. Si proche et si lointain. Il se sentimentalise. Elle se déshumanise. Apprivoise une à une les nuances de sa palette affective. Excelle dans la déréliction, l'écartement du trivial. Les fossées se creusent. Elle ne fermera les yeux qu'au dernier moment. Fixe encore un peu les rides qu'engendre son sourire récurrent depuis cinq ans.
Il s'excite. Elle râle. Pense à une reconversion. A se faire tatouer une enseigne. Sur le front. Pour la visibilité. Eliminer tous les doutes quant à sa fonction. "Guichet SNCF on line sur consultation téléphonique". Elle n'est que cela. Câbles. Fils. Connecteurs. Ondes. Pixels et gigaoctets. Le tout en ADSL, branché 24h/24. Un clic. Elle décroche. Obtempère. Docile souris reliée aux circuits imprimés. Digne fille de. Au sang bleu. Froid. Sans rhésus.
Il monte le ton. S'envenime presque. Trop souvent encore. Il y a des palpitations qui ne supportent aucune intrusion. Ou ce qu'il croit en être. Le naturel revient au galop. A peine chassé. Typiquement humain. Certes. Accent masculin. Certes. Le sien, quoiqu'il en soit. Les râles maternels n'en ont pas davantage raison. Cordon cicatrisé. Le mâle s'affirme. Les femelles s'inclinent après s'être égosillées en vain. Ou avoir baissé les yeux. C'est selon. Il faut le comprendre, le petit est amoureux.
Elle ne comprend pas. Devine. Imagine. Fantasme. Oui. Mais ne saisit rien dans sa chair. Ainsi va la vie. Parfois, elle surprend malencontreusement un baiser échangé sur les strapontins du métro. Dans les rues. A l'angle des terrasses. Pardon. Elle ne l'a pas fait exprès. Elle avait seulement levé la barrière de ses yeux. Le bitume, au soleil, fond quelques fois. Englue les cils. Mais pardon. Excusez l'idiote ignorante. Il en faut toujours dans les comédies. Dans les tragédies aussi. Elle l'écoute. S'amuse des trémolos de sa voix. Il supplie dans ses cris mouillés de testostérones contenues. Entre les plaintes et les injonctions. Ticket de train. Payment en ligne. Et envoi à domicile. Pour merci, son sourire au bout du fil. C'est qu'il est pressé. Sa douce part. Il devra la rejoindre. Sous peine de suffoquer? Oui, semble-t-il. Ces équations là, elle n'y pense même pas. Pas besoin de démonstration. Conclusion donnée dans l'énoncé. Il l'aime=il est heureux. Elle s'éloigne=il en souffre. Une solution=la retrouver. Un moyen=le train. Elle clique, favoris... SNCF... Elle ajoute sa pierre si cela l'aide. Elle ne proteste ni conteste. Quand on ne sait pas, on se tait. Il est des leçons que l'on vous inculque sans ménagement. Qui ne s'enseignent. Ni se transmettent. De l'expérience. Pure et brute. Sinon rien. Alors, elle ne cherche pas à démêler le vrai du faux, des papillons dans le ventre, des pertes d'appétit du à l'absence de l'autre, des mots que l'autre devine sans un son murmuré à son oreille... Cela ne lui appartient pas. Pas d'espionnage. Fictions et vécus relatés se confondent en une joyeuse pagaille. Elle ne questionne pas. Se faufile. Contribuer de loin si la requête est formulée. Pas davantage. Ne pas gêner surtout, les tourtereaux sont fragiles. Elle a été entremetteuse. La leur aussi. La bonne copine des garçons cramoisis sous l'emprise d'hormones juveniles. Son rôle prend fin avant la tombée de rideau. Résignée. Ce que lui a enseigné l'existence. Dans la vie, on n'obtient pas toujours tout ce que l'on veut. Petite, elle tirait la langue à cette rengaine. Pestant, que non, pas elle ! Elle a grandit... Certaines inconnues le demeurent. Se nourrissent d'ignorance. On ne peut pas tout vivre. Elle ne ruse même pas. La vie par procuration n'a aucun attrait. Et même si elle n'en a pas l'air. Elle sait. Ces battements de cils sont hautement confidentiels. Elle se tient à bonne distance. Se contente de se nourir de son calme d'amoureux épanoui. De s'en réjouir sans calcul ni mascarade. Elle n'en demande pas davantage, que de le sentir apaisé, serein, aimant et aimé.
S'il est heureux, alors, elle rempile pour des heures d'astreinte au guichet SNCF à domicile.

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Frère et Soeur By Porotto.

N'abuses pas trop de ton ascendance cela dit !
Après les délires et les sourires, viennent les heurts et les pleurs.