Ce jour là.
Le temps n'a soufflé son frisson qu'à travers la déclinaison de la lumière. Qu'à travers l'usure de l'effort oculaire pour observer le vide et l'absence ne soulevant aucune poussière. Qu'à travers la caresse de plus en plus oppressante de la révolte cutanée mise à nu sous une seule épaisseur de coton. Qu'au travers de délicates manifestations de l'engourdissement musculaire des genoux repliés contre l'abdomen et du visage ridé et hachuré par la pression des fibres du jean.
Les volutes de vapeur d'un lavasse breuvage avait déserté l'atmosphère. Une fine pellicule fragmentée tissait des réseaux secrets entre  la céramique blanche et le sachet de thé baptisé sans poésie du nom de ses fonctions. Un soupçon parfumé de l'eau rosée flottait dans l'oubli. Une teinte subtilement bleutée gagnait le bout des doigts quand la porceleine eut cessé de perfuser sa chaleur. A la cime des genoux, les paupières dessinaient des toiles invisibles du bout des cils.
Les ondulations du fond d'écran avaient oscillé sans défaillance. Jeff Buckley avait chanté un nombre innombrable de fois "Halleluja". Affront poli aux  "Choux Pastry Heart" entonné par Corinne Bailey Rae. En lice avec "Beauty Mark" de Charlotte Gainsbourg, ou Stina Nordenstam avec "Get On With Your Life" et "No Surprises" de Radiohead. Et l'intouchable chanson rouge "U-Turn - Lily" d'Aaron. Gravée elle aussi. Peut-être d'autres mouvements de solfèges urbains, les cris des enfants dans la cour quand le ciel ne pleurait plus, une conversation sur un balcon, le rebondissement sourd d'un ballon, le couperet des klaxons... Les artistes labélisés n'ont manifesté aucune déliquescence face au tour de rôle interminable. Mélodie de la mélancolie sans réveil.
"La mère des chagrins" encore écartelé entre la 242e et la 243e pages, reposait face contre terre. Les impressions résistaient. Tennaient bon sur la page blanche. Lui restaient fidèle malgré l'apesenteur et l'appel de la succube : la douceur du bois. Le récit demeurat noir sur blanc. En place. A l'angle du bureau. A quelques centimetres du genou entaillé par le bord du bureau. Et ce goût amer d'encre, le roman aurait pu en être la cause.
La peau qui déjà se desquamait. Stylo bille et épiderme. La courbe d'un fil interrompu, en rien littéraire, parcourait l'avant-bras. L'écaille de l'encre industrielle se faufile entre les pores des empreintes cutanées. Pas de décalcomanie. Bavardage manuscrit jusqu'à la pointe des tremblements. Ratures. Un roman à même la peau. Pour coller au plus près. Au plus vrai. Et le dire dans la coulure d'une traînée de pinceau. Réminiscences du " Pillow Book ". Et la lenteur de la plume. Autodidacte et solitaire. Des histoires à n'en plus finir se percutaient sur l'espace réduit du corps. Les mots s'entrechoquaient à l'image des pensées. Et la folie pointait sous la griffure de la plume. Des pages entières bientôt tombées en pelures.
Une goutte d'eau. Une pluie. D'un organe à un membre. Un tout découpé. D'une identité à un raisonnement. Et s'effilochait le fil d'Ariane d'une intenable. Inauthentifiable.  L'encre noire virait au violine intense. Et tâchait. Dillué par des flux humains, les mots bafouillés dans le crachat d'un stylo bon marché disparaissaient.
Mais tout s'enfuit. Comme les larmes séchent dans les méandres des cheveux. Quand la tête penchée laissait éclore les fatalités. Et que s'écoulent les murmures tus. Tous s'évadait. Lavé par des épanchements à la nuit tombée.

__japanesque_2006___by_karincoma
By Karincoma.