25 août 2009
Pénombre.
Rien n'y fait.
Il me faudra vider la bête pour toucher à ce qui brûle en moi, me
dévore doucement. Je vole en éclats dans une colère sourde, teintée de
suie, embrumée de désespoir. Quelque chose me pèse dans ce que je suis,
dans ce que je traîne, dans ce que je ne suis pas, de corps comme d'âme.
Quelqu'un
habite en moi. J'ai beau tenter de le noyer et de l'expulser
mécaniquement. De proposer un traité de paix. De me détourner de moi
ou de tenter de m'écouter ... rien ne fonctionne. La paix ne revient
pas. Quelque soit le prix que je paie. Il me faudra donc l'affamer pour
le réduire au silence, pour l'assécher, le rasséréner et donc ne plus
subir son joug. Ou pour m'insensibiliser face à son emprise. Je ne sais
plus sourire, même plus feindre de sourire, je ne sais plus me
regarder, m'accorder un égard. Encore moins une valeur. Je ne me vois
pas avancer encore : je n'ai nulle part où aller, surtout pas avec
boulet sur le cœur et une telle enveloppe. J'ai seulement envie de me faire plus mal encore pour oublier que j'ai mal.
Je voudrais pouvoir
entrouvrir ma cage thoracique, plonger mes mains à l'intérieur, retirer
ce qui me pèse sur le cœur et glisse si souvent sur mes tripes, sur mon
désir de vivre. Je n'ai pas ce pouvoir. Je n'ai même pas identifier la
source, et où creuser. J'ai seulement la solution annexe pour cesser de
porter un poids qui ne me revient pas. Il faut agir pour mettre fin à
tout cela. Tant pis pour les conséquences et pour les sens interdits enfreints.
Photo : Edona
Musique en cours : The Wind That Blows par Piers Faccini
Humeur : Morose
24 août 2009
"Ernestine, tu entends des voix, reste digne."
J'ai fermé les yeux. Pris une grande inspiration. Baissé mon pantalon et ôté mon tee-shirt. Ce n'était pas le moment de défaillir. Ni celui de plomber l'ambiance légère, bordée de jeux d'enfants et de soleil, de mes doutes et mes angoisses. Le ressac mélodieux. Le soleil au rendez-vous. Un petit coin de paradis et des désirs de bien-être formulés à mon endroit.
J'ai regardé droit devant. Toujours. Le regard sur l'horizon. Toujours. En laissant glisser les tissus. Droit devant, au large, pour oublier tout ce qui se mouvait à chacun de mes pas. Tout ce qui dépasse d'une ligne tracée et envahie par les excès. Pour oublier jusqu'à la possibilité de courir en arrière et de me rhabiller. De calfeutrer ce corps derrière de blêmes stratagèmes qui ne me dupent plus. Qui ne me rassurent pas. Ne sont qu'une illusion. Il a fallu lutter pour rester dans ce plus simple appareil de la honte.
La mer était bien trop froide pour y noyer longtemps ce corps frémissant. Plus qu'un corps, une masse. Il fallait ressortir, se mouvoir, s'exposer, debout ou étendue. Faire comme tant d'autres autour de moi. Le dégoût en plus. Ne pas se renfermer dans le mutisme non plus.
J'ai vu une série de photos de ce triste spectacle. Une fois. J'ai vu tout ce que je craignais de voir sans pouvoir me voiler la face sous des pans de coton, de fibres synthétiques. Je ne regarderai pas cette série de nouveau. Tout est imprimé, gravé.
Et avec elle la honte mortifère de ce que je me suis laissée redevenir, de ce que j'ai laissé mes os se recouvrir. Aucune échappatoire, pas même sur la ligne d'horizon. Les culpabilités se mêlent : celle d'un tel corps excédant, celle d'en être toujours préoccupée, celle de savoir profiter comme tout le monde, badine et excitée, décomplexée et rieuse sans arrière pensées.
Là aussi, il me reste des traces de bronzage.
Une boule au fond de l'estomac que j'imagine expulser. Mais elle reste profondément encrer. Elle est moi. Définitivement. Malade de soi. Je visualise un lavage de ce que je suis de corps, puisqu'autour il n'y a plus rien en dehors de cette chair grasse. Encore moins d'identité. Une langueur tenace, là, sur le rebord de ma fenêtre, du saut du lit au coucher tardif, jusque dans mes rêves. Comme un lest à l'âme. Trop d'idées se bousculent. M'enlisent dans la sable de la Bretagne tant aimée. Dans le bitume parisien du quotidien.
Je connais toutes les théories, celle du pas à pas, celle du temps à s'octroyer, de l'élan à garder, de l'espoir à raviver à la moindre faiblesse, de l'écoute à s'accorder et de la violence à se faire pour ne pas stagner. Si je les ressasse à d'autres, c'est parce que j'y crois profondément. Que je les ai touché de près, en ai tiré profit avant de retomber. Je ne sais pas ce que je veux faire à présent. Je n'y crois plus : il s'agit de moi. Me recroqueviller. M'insensibiliser plus encore. Et tailler dans la masse revient comme une litanie, comme l'unique recours, comme l'unique bien-être. La réponse idoine. Et faussée par une identité perdue, qui ne trouve son salut quand dans la maîtrise et le rejet de soi pour s'élever vers une réussite plus pure, mais elle aussi erronée.
La rentrée pointe bien trop son nez, la reprise d'une vie de "working girl" sans paie ni possibilité de promotion. Et avec septembre les doutes, les mises à pied, à genoux. L'optique d'un chômage sévère et d'une ligne de fuite noircie. Il me manque un équilibre, un sens. Alors je vide. Qu'aurais-je fait de ma vie ? Pour les autres ? Pour le monde ? Mener une existence à contenter mon seul nombril, perdre ma vie à la gagner, à emmagasiner des biens matériels superflus, me laisse de marbre. J'aurais voulu être utile à autrui, sans en être remerciée. La reconnaissance ne m'intéresse pas, je n'ai pas besoin que mes actes me valorisent. Juste d'agir pour les autres. Pas envie non plus de laisser de
traces ici-bas, encore moins de devenir importante pour quelqu'un. Mais
n'être que de passage, et libre. Laisser indifférente au pire, puisque
je ne suis pas capable d'apaiser ce monde d'injustices et de douleurs,
et surtout veiller ne pas blesser les autres, proches et anonymes. Je n'ai pas envie de me tourner vers moi, vers des plaisirs égoïstes. Mon cœur ne bat que pour ma seule survie, cela ne m'égaie pas. Je ne me résume à rien. A personne. Je n'envisage pas de lendemain pour moi. N'ai pas d'avenir à contempler comme l'horizon. Pas la force de le débusquer non plus.
Photo : Koksuel.
Titre : Ernestine par Noir désir.
Musique en cours : J'envoie valser par Olivia Ruiz.
Humeur : Jocker.
22 août 2009
Milan Kundera.
"C'était
le désir de ne pas être un corps comme les autres corps,
mais de voir
sur la surface de son visage l'équipage de l'âme surgir du vente du
navire.
Ce n'était pas facile parce-que l'âme, triste, craintive,
effarouchée,
se cachait au fond des entrailles de Tereza
et avait honte
de se montrer."
Milan Kundera - L'insoutenable légèreté de l'être
16 août 2009
01. 01. 2010
Il s'est passé trop
de choses en trop peu de temps.
Un univers qui bascule violemment et
entraîne dans sa chute des âmes et corps vivants bien que salement amochés.
Eux, là-bas, et les conséquences à feindre d'accepter, d'encaisser avec
le sourire pour le bien-être de tous.
Des nuits à suffoquer, écrasée par des rêves plus vrais que
nature mais qui ne sont que chimères. Et qui laissent plus seule encore quand l'aurore se lève sur les paupières humides.
Plus rien ne pourra être réparé ni
apaisé. De la réflexion imagée sur le voile des iris à l'abandon il n'y
a qu'un pas. Franchi. L'esprit a trop ruminé le corps.
Tant de souffles manquent à l'appel. Tant de
gravas au fond des chaussures qui avancent dans la mer déchaînée de l'existence amputée. Tant d'images, de mots, de pression du
corps contre une peau fraternelle fragilisent. Trop de forces envolées pour retenir dignité et promesses murmurées à sa propre oreille. Des vœux d'un lendemain débarrassé d'inutiles et violentes pensées à sa propre encontre.
Se retourner vers soi, vers la conscience de soi n'est désormais plus à portée de main. La vie n'est pas
tendre derrière ses indéniables éclats. Trop d'aptitudes à l'éponge aussi. Gorgée sans être essorable.
L'apnée n'est pas une capacité humaine innée. Ni soutenable sur le long terme.
En 2010.
En 2010, peut-être, je prendrai soin de moi.
Une de ces bonnes résolutions que l'on tient deux jours. Une semaine tout au plus.
D'ici là, je ne fais rien. Certains efforts demandent trop d'efforts.
Alors rien. Ou pire.
Pix By Afihara.
"Il y a aussi en
tout voyageur un homme traqué,
découvrant soudain sa solitude, son
impuissance à entrer dans la comédie ou la tragédie
qui se jouent
autour de lui."
Michel Déon
"Et la coupe retournée qu'on appelle le ciel
Sous laquelle nous rampons, vivons et mourrons enfermés
Ne lève pas les mains vers elle pour implorer une aide
Car elle partage ton impuissance et la mienne."
Omar Khayyâm
11 août 2009
A & A.
"Parle si tes mots sont plus forts que le silence, sinon garde le silence."
Euripide







