... ( Tout ) Et N ' Importe Quoi ...

[ Ce qu'il reste de sel après qu'on a pleuré. ] [ Je vais devenir un pur esprit. Me fondre dans le néant, m'apercevoir que je n'ai jamais eu aucune consistance. Que je n'ai toujours été qu'une apparence.]

28 septembre 2009

Méfie-toi de moi.

Méfie-toi des blessures
Que l'on ne guérit pas
De mes mains qui rassurent
Mais ont eu tellement froid
Méfie-toi de ma peau
Elle se souvient de tout
De ce qui est trop beau
Et n'appartient qu'aux fous

Méfie-toi de moi
Je me fais tant de mal
Tant de fois
De chagrins abyssaux

Méfie-toi de moi - Hélène Ségara

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25 septembre 2009

Allô oui c'est moi...

.

Il y aurait tant de paroles. Tant de phrases à citer d'elle. D'elle et d'autres. Tant de mots que je ne dis pas, que je cite de derrière mes masques. Comment dit-on la lassitude ? Comment dit-on le manque d'envies ? Comment dit-on la fatigue de sa vie ? Comment dit-on la décrépitude ? Je l'ignore. Je les ressens seulement.  Ils amenuisent mes forces. Ils ralentissent les battements de mon cœur.

Musique : Mylène Farmer.
Musique en cours : Mylène is Calling. Puisque. Pardonne-moi. Tristana. Jardin de Vienne. Que mon cœur lâche. Effets secondaires. Ainsi soit-je. Dans les rues de Londres. Plus grandir. Optimistique-moi. Sans contre-façon. Derrière les fenêtres. Innamoramento. Allan. J'attends. Tous ces combats. Et si vieillir m'était conté. Avant que l'ombre. Pas de doute. California. Peut-être toi. Redonne-moi. Et tournoie. Libertine. Méfie-toi. Eaunanisme. Désenchantée. Je te rends ton amour. Nous souviendrons nous. Laisse le vent emporter tout. Si j'avais au moins. Tomber 7 fois. A quoi je sers. Je t'aime mélancolie. L'Autre. Seras-tu là ? Consentement. Maman à tort. Regrets. Beyond My Control. Comme j'ai mal. Pas le temps de vivre. Vertige. Il n'y a pas d'ailleurs...
Humeur : Cramoisie.

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24 septembre 2009

"Pardonne-moi"

mylene_farmer_clip_xxl_captures_004Elle m'a frappée. Violemment. Par derrière. Une traîtrise. Sans appel. Une chanson est venue violemment me rappeler ce que je n'ai pas oublié.
Je n'aurais pas pensé à ce morceau là pour évoquer ces deux années là. Je ne l'ai pas choisi. Lui si, aidé du hasard, du déroulement nocturne de l'Ipod. Aux premières notes, des frissons m'ont parcouru. Perdue sous une couette, dans un lit qui n'est pas le mien., j'ai senti mon corps se raidir. Une contraction des tripes qui gagne chaque membre, ankylose chaque membre. J'ai tout revu, revécu, ressenti comme à l'époque. Rien n'a pu arrêter le déferlement des souvenirs encore trop frais, finalement. Rien n'a pu couper court aux tressaillements de la mémoire, de la peau. Ni les yeux fermés ni ouverts ni inondés. Une claque terrible.
Je me suis revue, là, dans la pénombre du studio aux trois petites fenêtres. Ces pièces sous le soleil du sud dans lesquelles la chair de poule ne m'a jamais quittée. Je me suis revue dans ce lit inconfortable qui n'était déjà pas le mien. Alitée, pas par paresse ni même par choix. Seulement par incapacité à me lever. Parfois j'écoutais cette chanson "Pardonne-moi". Usée, en sursis. Respirant avec peine, les yeux à peine ouverts. Des nuits d'insomnies ou de cauchemars. Des journées mortes, tant dans les actes que par la projection de pensées ternes. Je m'accrochais à un très court couplet de cette chanson. Je revois mon bras se tendre avec une lenteur maladive vers le poste CD. Mes doigts cherchant le bouton rond 'suivant'. Le morceau démarre. La tachycardie augmente, résultat d'un mouvement. Un de trop.
Les images m'ont bombardé, sans relâche. 4'30 peuvent être longues. Mon corps a vibré des mêmes tremblements d'alors. Mon regard, à huit ans d'écart, parcourt les trois pièces. La chambre. Sombre, dénudée. Sanctuaire de mes forces manquantes. La salle de bain, l'exiguïté de la douche, au fond de ce réduit. Je me collais sous la douche en priant pour que le froid s'arrête. Le petit miroir, fuit, provoqué. Les tics, les combats, les mauvaises habitudes restées depuis, le rectangle blanc au sol comme une estrade sur laquelle je me hissais. La porte à loquet de la sous-pente où je rangeais les conserves qu'elle me faisait avec tant d'amour. La cuisine. Le lino sur lequel j'ai rampé, sur lequel je me suis enroulée, en larmes, des nuits entières. La grandeur de la pièce. Le recoin pour cuisiner que j'ai si peu utilisé. Les invités d'un soir, convié pour vider les placards et frigo remplis par d'autres, par mes parents. Puis les escaliers, terribles. Il me fallait stopper parfois mon ascension. Pour ne pas tomber à la renverse, atteindre la porte verrouillée. L'espace sous la porte, paradis des odeurs de cuisine d'en-bas. Je les fuyais. Le pâle jardin. J'y ai révisé mes examens, pris des photos de la chute qui aujourd'hui encore me sont chères. Plus loin la route vers l'université. Le site de la fac, lui-même et ses divers bâtiments. Les amphi où je pleurais de douleurs sur ces bancs de bois. Où j'ai pris des tocs, vérifié l'espace grandissant entre mes cuisses. La bibliothèque, mon refuge contre les resto U où d'autres allaient. La salle informatique, la connexion Internet et le forum... Le studio, encore. Toujours. Sans relâche. Mille images, en flash incessants, usants. 4'30.
Larmes alors. Larmes encore.
C'est idiot, j'en tremble encore.

Photo : Mylène Farmer - clip XXL
Musique : le silence
Humeur : perturbée

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22 septembre 2009

Au propre comme au figuré.

Concern_by_intaoIl a trois ans et demi. Babille sans cesse des histoires réelles ou fantasmées, se retourne sur tout ce qui lui échappe encore, sur ce qu'il a encore à dévorer dans ses découvertes incessantes, se pose des questions sur tout. Intègre tout et le restitue avec les sourires de l'enfance qui font rire les adultes qui l'ont oubliée. Il ingurgite le monde. Avale. Sans se poser de questions. En trouvant ça 'trop chaud', 'trop bon' ou pas accommodé à son goût du jour, quelques fois. Il a ses préférences, ses envies, ses pêchés mignons que rien ne tarit. De véritables cris de désirs. Entre chaque bouchée, il vogue sur d'autres sujets ou à l'inverse contemple son bonheur inné à chaque fourchette. Joue avec les saveurs, commente la cuisson, la façon dont tel ou tel aliment fond dans sa bouche d'enfant, évoque d'autres repas, d'autres qualités des aliments. Et marque son plaisir par des exclamations. Parfois, il regarde la télé en même temps. Focalisé sur autre chose que la question de la nourriture qui le régale ce soir.
Il a trois ans et demi. Je prépare son repas. Son assiette. Finis par poser la mienne à côté de la sienne. Pas par envie, mais pour ne pas le perturber. Pour qu'à aucun moment ne lui vienne l'idée que l'on puisse ne pas manger. Pour ne pas en être responsable. Pour que rien ne salisse son plaisir pris trois, quatre fois par jour, quand l'envie lui en dit aussi. Pour qu'aucune ombre se passe au-dessus de son assiette. Pour qu'il conserve ce réflexe, ce mécanisme sublimé par le plaisir pris. Plus âgé, il serait moins fragile peut-être. Mais il pose déjà beaucoup de questions, s'entête à comprendre chaque fait. Ce à quoi il ne parvient pas toujours. Je dîne avec lui pour ne plus entendre son interrogation qui fait aussi mal que la réponse absente, par trop lourde : " Tu ne manges pas ? Pourquoi ? "
Il a trois et demi. Je regarde son assiette, ses gestes fluides qui la vide. Son impatience pour connaître la suite du repas, ce dessert qu'il attend parce qu'il "est gourmand et veut le rester toute sa vie". Je regarde mon assiette. Elles ne sont jamais les mêmes, et sur tant de points. Je compare silencieusement en donnant la réplique à ses réflexions, ses histoires, en le regardant si détaché et si prompt à aimer ce qu'il avale. J'exulte, soulagée, de tant de désinvolture et de contentement.
Il a trois ans et demi, et avec une joie non dissimulée, il mange.
Il a trois ans et demi, et il mange plus que moi. Et moi, je tangue. Au propre comme au figuré.

Photo : Intao
Musique : "Autant de peine que de toi" - Zazie.
Humeur : chancelante.

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18 septembre 2009

C'est vrai que je ne suis ...

Getting_thinner_by_afiharaVoilà des jours que j'essaie d'écrire ici. D'écrire vraiment. Les mots ne s'alignent que dans mon cahier dont la couverture colorée et parisienne ment sur son contenu. Quel numéro porte ce carnet ? Il y en a tant depuis le rouge que m'a offert et dédicacé un ange, le jour de l'été 2001. Je devais y écrire de belles choses. Elles sont plus souvent sombres et sales que belles. Le reste des mots n'est que silence. J'oscille entre les dires des autres, les citations qui bien souvent m'attrapent ou m'écorchent le cœur. Le verbatim qui me hante depuis des jours me vient de Colum McCann : " Personne ne tombe à moitié ".


Oui, je tombe. Je le vois à chaque instant, mesure les centimètres de chute à l'aide de mille petits signes, mille petites sensations et autres réflexions ou inactions. Un manque de révolte. Un peu plus de consentement. Je tombe de nouveau, devrais-je préciser. Et pourtant, je vis d'un jour sur l'autre, encore. A regret souvent. Quelque chose me pèse sur l'âme et obstrue la route à la sensation de bien-être, de plaisir, de simplicité d'être. De bonheur. Je badine, ris, converse, travaille, réponds aux attentes et besoins, alimente les projets que l'on formule pour moi sans que je m'y oppose toujours. Je vis, d'un jour sur l'autre. Mais n'y suis pas vraiment. Cela me trahit parfois.
Et je n'ai pas envie qu'on me parle, qu'on me touche, qu'on me réclame non plus. Même pas qu'on me regarde et qu'on me considère. Je n'ai pas envie que l'on ait besoin de moi dans sa vie.
Pas envie qu'on me sache, non plus. J'ai seulement le désir d'être sur la touche, sur le côté, en retrait. Comme intouchable. Libre de mes fuites. Transparente et remplaçable.

Ce qui est revenu, c'est l'obsession traduite en actes et la distance grandissante. Cette focalisation de l'esprit sur les interdits, les buts à atteindre pour me délivrer tant d'un poids chiffré que d'un fardeau invisible aux cœurs nus. Ce refus des désirs profonds, du déploiement du corps dans l'espace, de l'être. Cette incapacité à m'envisager une vie, à la construire, à voir loin. A en vouloir. Peut-être à vouloir être demain, encore. Je me replie au creux de l'unique valeur qui tient encore lieu pour moi de refuge. Le seul dans la tourmente de mon existence chahutée, vaine. Un peu trop sombre alors qu'elle connaît tant d'éclats. L'Effacement., la nécessité de m'effacer Lui seul demeure indétrônable, sensé, motivant. Là, je me sens bien, tranquille. Forte peut-être. A ma place, sans l'ombre d'un doute. Bien au-delà de l'envie, il s'agit d'un besoin vital de disparaître. J'excelle dans l'art de me faire du bien, en me faisant mal.

J'écoute M. Pain depuis quelques jours. Et sa chanson qui me touche autant qu'elle me perturbe. "Celle de mes 20 ans". Un jour je m'accroche à ses mots,  plainte désespérée à un dieu qui n'existe pas, à l'injustice ambiante, réponds "oui, je voudrais être celle de mes 20 ans". C'est-à-dire celle des 36 kilos, celle bornée dans l'auto-destruction, souffrante certes mais certaine de ses choix qui n'en sont plus. Celle qui avance, même vers le néant, qui a un but. Un sens. Celle qui se sent vivante, paradoxalement.
Un autre jour, un autre instant, je réalise que "oui, j'ai changé." sans savoir en quoi, sur quel point, comment. Puis, doute, hésite. Avance et recule. Je ne suis dupe de rien. Je sais que la vie recèle des beautés sans égal. Certaines personnes ont une valeur inestimable à mes yeux., une indéfectible importance et grandeur. Quelques instants, la lumière d'une aube, un souffle d'air suspendu, un rire d'enfant, la douceur d'un thé, la mélodie de quelques chansons, il y a de la beauté dans toutes choses. De la magie. Dans les êtres surtout, les âmes. Les leurs. Et  dans les bonheurs du quotidien, les grandes nouvelles qui chamboulent leur existence. Je ne suis pas insensible ni aveugle. Je me réjouis ou souffre avec ces âmes de ce qu'elles vivent. Pourtant. Je pourrais. Voudrais. Me soustraire de tout, sans un regret, sans un souffle d'hésitation.

Reine de la vidange depuis quelques jours, quelques semaines, face à un frigo occupé par le vide, par des liquides noirâtre ou doré et à bulles, uniquement. Depuis deux mois environ. Face à la culpabilité et aux comprimés rassérénant, par plaquettes entières, de toutes les formes et couleurs. En surdosage, toujours. La balance au milieu du salon, allers et retours. A la litanie des ordres, les siens pour les miens. Les projets auxquels je ne crois plus, comme aux promesses. Les vêtements qui flottent. Joli mouvement vaporeux autour de ce qui ne l'est pas, joli. Ce ne sont pas tant les échos matériels, palpables qui me signifient la rechute. Ils ne sont que décorum. Mais ce sont tous les silences qui abritent un mode de pensées, de fonctionnement que je connais déjà trop.
Quelque chose s'est brisé, à nouveau. Une digue, un pont.

Oui, j'ai changé. Mais en quoi ? Je ne le sais pas vraiment. Tout ce que je vois, c'est  qu'aujourd'hui, j'ai la conscience du mal que je m'afflige. Je ne suis plus  celle manipulée et aveugle de mes 20 ans. Je connais les mécanismes, les pistes glissantes, l'étiolement des sensations et l'effilement des cordes qui retiennent ici-bas. Je pourrais, non, je devrais avoir appris à crier en dix ans de cohabitation malsaine, aimée et haïe, à refuser ce mal que je me donne.
Il n'en est rien. Pour une seule raison : j'en ai besoin. C'est ma façon de vivre, d'attendre en maître que mes jours touchent à leur fin. De survivre dignement à ma vie.


"C'est vrai que je ne suis plus
Celle que j'étais.
Est-ce moi qui ait changé ?
Qui ait changé vraiment ?

Je ne suis plus celle que j'étais
Mais suis-je meilleure plus va le temps ?
Suis-je une femme ou une fille qui essaie
Et qui échoue, lamentablement.
Et mon regard dans le miroir
Est-il plus profond à présent ?
Peut-être est-il un peu plus noir
Depuis qu'il ne s'ouvre plus en grand.
Voudrais-tu celle de mes 20 ans ?"

Photo : Afihara
Extrait : "Celle de mes 20 ans" - Mélanie Pain
Citation : "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" - Colum McCann - Belfond 2009
Musique : "City Vapors" - Wax Tailor
Humeur : Indéfinie

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14 septembre 2009

Pierre Réverdy.

"Je suis dur.
Je suis tendre.
Et j'ai perdu mon temps,
A rêver sans dormir,
A dormir en marchant .
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence.
Je ne suis nulle part
Excepté le néant.
Mais je porte caché au plus haut des entrailles,
A la place où la foudre a frappé trop souvent,
Un cœur où chaque mot a laissé son entaille.
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement."

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13 septembre 2009

Blue Morning.

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"Le cauchemar instruit les enfants ignares.
Je l'apprends par cœur, c'est ma leçon d'histoire."


C'est même ma leçon de vie quotidienne. Si jamais j'oubliais...
Le cauchemar me rappelle à l'ordre en se moquant bien de la présence ou non de la
lune.

Photo : Prismes.
Citation : Nina Bouraoui - Le bal des murènes.
Musique : Celle du silence.
Humeur : Sans.

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10 septembre 2009

23:59 - 00:01

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.

23:59 - 00:01
Du jour au Lendemain.
Ou comment  83  se réduisent à  2.

"Une ombre vit sur le visage de ceux qui ont perdu quelqu'un. L'ombre d'une plante grimpante. Elle croit à leur insu et, quand ils pensent que personne ne les surveille, elle baigne leurs traits d'absence, de gravité et de perplexité. C'est un démon discret qui habite leur visage. Il se cache dès que quelqu'un le regarde."


Photo : PetitEscargot.
Citation : Véronique Ovaldé "Et mon coeur transparent".

Musique en cours : Ravel.
Humeur : Terreuse.

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07 septembre 2009

J'veux m'en aller.


"Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d'autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de là
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas
Envole-moi, envole-moi, envole-moi
Regarde-moi bien, je ne leur ressemble pas
Me laisse pas là, envole-moi
Avec ou sans toi, je n'finirais pas comme ça
Envole-moi, envole-moi, envole-moi..."

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02 septembre 2009

Nina Bouraoui.

fgdffhgu79g7_by_edonaUn sujet ajouté à moi, j'abrite une petite poupée russe, sévère et capricieuse, ma maladie est une invitée, elle circule et dévaste, s'endort puis se réveille.
[...] Chacun soulagerait l'autre en portant le mal à tour de rôle, nous serions jumeaux puis cadavres siamois.

Je me nourris du dedans, mon paysage est la caverne de mes entrailles, ma vie est pas une fille du dehors, elle définitivement rentrée, sous cloche et sous silence.
Je m'assaisonne puis me dévore, je suis mon propre anthropophage, je me nourris de moi.
[...] La maladie n'est pas l'unique raison de mon exclusion. L'inconscient a saisi un relais invisible. Je suis sous emprise. Un secret me retient ici. Je n'en ai pas la connaissance mais j'en possède la sensation.

La maladie m'exclut du monde, je suis à part, quelques rémissions m'obligent à prendre la route du collège, j'y mets un pied, deux doigts, un quart d'ongle puis rechute. Ma différence est flagrante : mon teint pâle, mon visage émacié, ma silhouette chétive n'ont pas leur place dans les bousculades, les bagarres, les jeux, les cris des enfants. Je suis l'anormalité, le défaut, la douleur et le souffre, l'inconnue du deuxième degré, la chose qu'on redoute mais qui est là, évidente, affreuse, insolente. Je suis la tache. Je fais le guet de mon ombre au milieu de la cour de récréation, les mains dans le dos, j'attends : une ambulance, une infirmière, une tente à oxygène.
[...] je préfère mon malheur à la défaite du monde, je reste à la périphérie de la vraie vie, en position de retrait. J'ai choisi ma peine, je suis la cible et son viseur, je la compose, la cerne, la connais bien, je méprise le mensonge des hommes de l'extérieur. Ma vérité est contenue dans mon corps et dans ses façons de périr, j'ai brûlé les étapes, j'ai côtoyé l'infini, allongé sur un brancard, sans souffle, entre la terre et le néant. Ma crise d'adolescence est une crise d'asthme. Interminable. J'étouffe d'amour et de haine rentrées, j'asphyxie de rejets et de dépits, je m'étrangle et je sais pourquoi.

Je mourrai jeune. Je me vois partir à mi-chemin de ma construction, je déserte mon destin, j'abandonne l'outil, un ouvrier déçu lègue son travail à la terre puis à l'oubli. Je laisserai tout en plan avant la maturation, l'apogée du corps humain. Je quitterai ma peau, ses sécrétions, son odeur forte, sa pellicule de poils drus ou parsemés. Ma ligne de vie est si petite, une moitié d'aiguille de pin dans ma paume tendue, une miette oblongue dans ma paume fermée; elle est courte ou raccourcie par la haine, la coquille, l'orbite du mauvais œil. Je ne me vois pas vieillir.

Photo : Edona.
Musique : le silence de mon souffle.
Humeur : trop sombre pour qu'existe un adjectif qualificatif à lui accoler.

Posté par Ankylosee à 18:40 - Leurs Mots. - Commentaires [6] - Permalien [#]
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