En l'absence de toutes conjugaisons, je multiplie.
Je peux être avec les deux, puisqu'aucun n'est là pour moi, n'est à moi. Je ne sais pas ce qu'ils cherchent, ce qu'ils veulent vraiment, je ressens ce qu'ils attendent mais ignorent ce qu'ils trouvent vraiment. Et je sais ce que j'y ai gagné. Parfois ce que j'y découvre, d'eux et de moi, cette autre moi, ce que je veux qu'ils me fassent découvrir. J'en redemande dans des nuits qui ne cessent d'être blanches, éclairées par des obsessions nouvelles : ils ne quittent plus mon esprit. Ils ont tout chamboulé, pour le meilleur et pour le pire. Je sais aussi ce que j'y perds. Et ce revirement a pris les sentiers rebattus d'une saleté revendiquée pour ne pas avoir à l'affronter. Je fais peut-être semblant, mais par omission, par manque de pleine conscience, par abandon momentané, délibéré, souhaité à une légerté que je finis par ne plus reconnaître au fil des heures, par tentatives naives répétées, inutiles mais remisées. Je fais ce qu'ils veulent, ou presque, parce que je n'ai rien d'autre à faire, parce que je le veux parfois tellement, parce qu'il le faut aussi, parce qu'il serait temps d'en passer par là. J'acepte, j'acquiesce, je programme, je cautionne, j'aménage, j'attends, j'espère. Je changerai bientôt de bras comme d'humeur, comme de peaux, ajoutant couche après couche, un vernis supplémentaire à mon masque. Ou ôtant une à une les couches pour en revenir à l'immondice nue de mon être.

 

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Photographe : Inconnu
Musique : Emiliana Torrini

Humeur : Questionnée