... ( Tout ) Et N ' Importe Quoi ...

[ Ce qu'il reste de sel après qu'on a pleuré. ] [ Je vais devenir un pur esprit. Me fondre dans le néant, m'apercevoir que je n'ai jamais eu aucune consistance. Que je n'ai toujours été qu'une apparence.]

28 octobre 2007

Princesse de Rien.

V__Letter_to_my_next_October_by_niavaahA marcher trop longtemps dans les rues. Elle a croisé tout ce qu'elle n'a pas. Est-ce que cela lui fait défaut ? Lui fait envie ? Lui manque ? Oui. Mais c'est un secret. Il ne faut pas en émietter une poussière. Pas écailler les fragiles mensonges. Ou plutôt. Les omissions.  L'absence d'aveux aux questions qu'on ne lui pose pas.  Les fuites dont elle use face à ses propres sentiments. Ou ce qu'elle considèrent comme d'inavouables désirs.
A trop marcher. Un samedi après-midi. Dans les rues parisiennes. Elle a vu des gens. Des rires. Des sourires. Des simplicités de vivre. De la légèreté. Elle n'a rien contre. Au contraire. C'est seulement ... un creux qui grandit au fond des secrets. Entre autre. Un sentiment tenace. De ne pas avoir de place. De sens. A ses propres yeux, avant tout. Peut-être. Elle a regardé tant de groupes la dépasser. Riant fort et se chahutant. Des corps filiformes. Elle a vu tant de couples qui s'embrassaient devant elle sur les escalators. Elle ne s'est pas laissée penser "comme nous autrefois". Il y a une éternité. Une vie. Une chimère. Tant de personnes pressées qui ont tant à faire. A voir. A dire. A rencontrer. A être. Et dans la foule. Elle a vu si peu de solos.
Elle a marché. Elle voulait oublier. Sans savoir ce qu'elle fuyait. Elle s'en mis plein les yeux. Ou plutôt. En a pris plein les yeux. Des ecchymoses. Sous la peau. En profondeur. Rien ne transparaît. Ni ne doit apparaître. Et elle joue à croire qu'elle est transparente. Autant qu'elle le voudrait. Mais elle sait bien que ce corps prend de place dans le métro bondé.  elle le sait trop. Elle en sent les contours quand on la frôle. Et baisse les yeux face aux miroirs. Elle a joué la comédie. Et s'est permise de croire. Comme au spectacle. Qu'elle allait disparaître. Au coin de la rue. Alors. Elle a remonté son col. Monté le son des mélodies dans ses oreilles pour se faire taire. Fourrée ses mains dans les cavités de ses poches. Et a mordu l'intérieur de son manteau pour prendre le pli et retenir les liquidités. Elle s'est mentie. Elle ne ment pas par plaisir. Elle ne sait seulement pas dire. Et les heures manquent pour réussir à aligner quelques vérités. Les larmes viennent trop vite. Alors.  Elle ne dément pas. Acquiesce. Oui, bien sûr. Elle va bien. Elle va très bien. Elle n'a besoin de rien. De personne. Ni d'aimer. Ni d'être aimée. Ni d'être rassurée. Pas même un petit peu. Sa vie lui convient. La comble. Rien ne la ronge en permanence. Rien ne l'oppresse ni n'entrave ses pas. Elle ne se déteste pas à vouloir s'en exterminer. Puisqu'elle a tout pour elle. On lui dit souvent. Elle le sait. Elle ne s'effondre pas dans les magasins. Elle ne tourne pas des heures pour acheter une pomme. Elle a la sérénité au fond des yeux. Et un corps à en faire pâlir plus d'uns. Plus d'unes. Elle n'aime pas excessivement les autres. Elle ne se hait pas. Elle a un travail magnifique. Elle vit pour elle. Pour elle seule. Et cela lui convient. D'ailleurs. Elle ne se pose même pas la question. Oui. Elle va bien. Très bien.
Il suffit de gommer. D'omettre trois fois rien. Oubliée la part de désillusions inhérentes aux expériences. Les déséquilibres. Les excès du corps. Les déraillements de l'esprit. Et les heures perdues sous une table à se vider de ses larmes. Les combats pour avaler. Pour ne pas recracher. Ou encore, la facilité des heures à froisser les espoirs et les frêles victoires. Du vent. Comme ce qui souffle dans les cavités de son coeur. Bien sûr que non. Elle ne pense pas à lui. Ni à personne. Pas non plus à le remplacer. Elle n'a envie de personne à son bras. De personne à découvrir. A choyer. De personne pour apprendre à regarder ce corps sans se cracher dessus. Rien ne défile devant ses yeux. Elle est comblée. Se satisfait de ce qu'elle est. Parce que oui, elle est. Comme tout le monde. Non. Elle n'est pas rayée. Pas plus qu'elle n'est de trop. Ni en décalage. Non. Elle ne meurt pas à petits feux derrière ses ça va. Non. Elle n'a pas honte d'avoir une idée d'envie. Ni d'avoir un corps. Non. Elle ne se sent pas le moins du monde sale. Non. Elle n'a pas envie d'une autre à défaut de ne plus être. Non. Elle n'a même pas besoin d'entendre un murmure à son oreille. Dans un souffle. Un Je t'aime. Non. Elle va bien. Comme ça. Elle est épanouie. Et débordante de vie. Seule dans son lit elle a toute la place.
Elle prend toute la place, de toute façon. Et puis. Elle le sait. Ces mots ne sont pas pour elle. On ne lui dira pas. Elle ne saurait même pas les entendre. Elle se cambre à la simple hypothèse d'une éventualité. Pas elle. Non. Elle va bien de toute façon. Elle  se promène. Le regard haut. Et fier. Elle ne tremble pas. Ne pleure pas dans les cabines d'essayage. Ne n'essuie pas son mascara dans le métro.  Elle ne tombe jamais. Elle est parfaite. Sublime. Rayonnante. Talentueuse. Passionnante. Elle s'aime. Et  s'offre des  parures de mille éclats sans même ciller. Elle va droit devant. Sans faillir. Sans douter. Sans s'en vouloir. Sans tout analyser. Décortiquer. Sans se frapper aux quatre coins des rues. Ni se planter les ongles dans les débordements de chair et de sentiments. Sans penser au pont Alexandre III. Ni aux rails du métro. Non. Elle va bien. Dans son corps trop pesant. Dans sa vie trop pleine de vide et d'absences d'elle-même. Elle va bien.


Pix  By  Niavaah
Raphaël. La route de Nuit.

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19 juillet 2007

Derrière ses lunettes.

Texte éxrit le dimanche 22 juillet 2007.
Publié peut-être tempoirairement, en retard, en décalé...
En écho/réponse aux commentaires du billet du dessus et du dessous.

2_Elle__une_apres_midi_d__avril__by_photilde
Elle a marché longtemps. Dans ces rues qu'elle arpente déjà tant. Avant de s'allonger. Là. Dans l'herbe fraîche. Suffisament haute pour être moelleuse. Coller à ses prunelles, de larges lunettes de soleil. Elle ressemble à ces jeunes filles qui courrent après la mode. Petites midinettes en copié/collé. Elle n'aime guère cela. Mais avait besoin de s'extraire. Les lunettes sont un bon moyen. Et justifiées en cette saison. Elle repoussent l'intrusion des regards étrangers. Une protection. Une liberté aussi. Lui permettront peut-être de tenir le regard droit. De réessayer sans que les tentatives infructueuses ne soient préjudice. De se replier si besoin aussi. Sans que la honte ne lui colle à la peau. Elle baisse encore beaucoup les yeux. Même derrière ces remparts teintés. L'habitude la tient. La gêne aussi. La peur peut-être. L'appréhension de se revendiquer. Fière. Existante. Vivante. De corps et d'âme. Elle tremble. De désir autant que d'angoisses. Elle doute. Tant. Rongée. Bancale. Déséquilibrée. Tiendra-t-elle debout ? Ce n'est pas la première fois que l'élan la pousse. Mais elle échoue toujours. Elle s'entête... En se disant souvent qu'elle a tort. Parfois, qu'elle a raison. Elle ne sait plus que croire...
Elle a lâché son livre. Remonté un peu les manches de son pull. Les jambes de son pantalon de lin. Celui qui la cache autant qu'il la grossit. Qu'elle aime et déteste. Et elle a planté son regard fumé dans les nuages. Le soleil ne lui faisait plus baisser les yeux. Et elle a vu. Pour la première fois. L'ombre d'un avion. Juste une trace fugace de son passage. Bien plus haut que la masse cotonneuse. L'espace d'un instant. Elle a su. Elle a comprit. Même si elle n'a pas les mots pour le dire. Elle en a pleuré. Comme on se décharge des fardeaux. Se liberèrent. Doucement. Les larmes ont coulé. Sans la brûler. Elle ne saura sans doute pas partager tout cela. Voilà près de quinze ans que la noirceur la cheville. Il est plus facile de dépecer ces sentiments là. Trop connus. Les éclaircis. Bien sûr, elles ont existé.  Existent. Notamment grâce à ces Êtres si chers. Alors même si elle le sent. Elle ne saurait rien dire. Et peut-être ne veut rien en dire pour le moment. Ne rien décortiquer. De peur de faire fuir la naissante sensation avant qu'elle ne devienne réalité. De parler trop vite. Mal. Elle voudrait que cela marche enfin. Ce n'est pas la première fois que le frisson de quelque chose qui bouge la frôle. Mais au présent, rien ne change. Alors. Dans la confusion. Elle ne sait pas. Et préfère ne pas trop crier victoire. Sans pour autant prétendre qu'elle va toujours très mal.
Evidemment... La progession est quelques fois ralentie par des obstacles. Se ne sont pas pour autant des reculs. Elle refuse de leur donner ce pouvoir là. Des obstacles. Des mises au point aussi. Il y aura d'autres douleurs. D'autres luttes à mener, comme celles à gagner encore. Connues ou imprévues. Elle n'est pas dupe. Elle en connaît déjà qui se profile(nt).  Pointe déjà bien trop son nez dans sa réalité.
Elle ne se fait guère d'illusions sur ce qu'elle doit encore combattre en son for intérieur. Bien des choses restent à éradiquer. A débusquer. A clarifier. A laisser naître aussi. Mais. Elle sait cependant. Malgré les ecchymoses. Les cicatrices. Passées. Présentes. Futures. Indélébiles ou effacables. Même si ce n'est pas flagrant. Ni persistant. Que les choses bougent.
Chut...

 

Elle. Un après-midi d'vril by Photilde.

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02 avril 2007

En partance.

Blue_Rail_by_lovemystery
Blue Rail  By Lovemystery

Elle fait toujours cela quand elle y va. Tout simplement, parce-qu'elle ne sait pas faire autrement. Elle arrive en tremblant. De terreurs et d'envies, à la fois. Elle parle, parle, parle à s'en couper le souffle. A leur couler le bec. A peine assise dans la voiture. Tout le trajet. Et encore après. Quelques soubresauts, sur les bancs en bois clair de la cuisine, sur la canapé bleu défoncé. Elle débaltère. Pour se donner consistance et assurance. Pour éviter les questions. Pour occuper l'espace. Colorer la bulle de l'illusion. Occuper le terrain des angoisses, ne leur laisser ni place ni espoir de s'installer en public. Un barrage de mots. Un flot quasi ininterrompu. Mais la marée montante des haus le coeur est hilare face à ces remparts de fortune. Elle le sait. Elle raconte cependant. Tout et n'importe quoi. Jusqu'à tarir la source et les souvenirs. Elle détaille. Répète aussi. Souvent, Il l'aide. Ressasse toujours les mêmes histoires sucrées quand de pesants silences s'installent. Elle s'enmêle les pinceaux dans ce tableau édulcoré, aseptisé. Masque le vide par l'élocution désordonnée. Mais joyeuse. Elle donne le change au vide, à l'absence. Elle n'ignore pas qu'ils ne sont pas dupes. Même s'ils ne repèrent pas toujours ses incohérences. Mais cela arrange tout le monde, finalement, cette acide et néanmoins digeste parodie de vie. Elle n'est qu'un creux de trop plein. Un trop plein qui ne ne nourrit que le vide. Sans fin ni but.
Quand elle n'aura plus la force de sourire. Quand elle sera épuisée d'une fatigue qu'elle ne peut leur expliquer. Celle de la dépression dissimulée, entre autre. De l'angoisse dévorante à l'approche des repas qu'elle ne pourra ni contrôler ni gérer ni limiter. Non pas pour donner raison à des relents de folie anorexique. Mais pour arrondir les angles qui vont la meurtrir, de toute façon. Elle prétextera le travail. Ira cacher son impuissance et ses faiblesses derrière une couverture rigide et glaçée. Sa rage de ne pas savoir pleurer dans leurs bras tendus. De ne rien pouvoir avouer. De méconnaître la simplicité. Et elle y bercera sa honte jusqu'à l'endormir sur le canapé. Quand elle aura bien jouer la comédie de la fille épanouie. A parler trop fort. Avec de grands gestes. Avec des taquineries pour son frère. Des éclats pour sa mère. Des séances de clairon qui amusent tant son père. Joué à celle qui a des envies. Et réclame. Cheminée. Tisane à la verveine du jardin. Qu'elle ne pourra avaler faute d'un estomac gonflé de tout ce qu'ils lui auront préparé et d'angoisses retenues. Bain bouillonant. Qu'elle ne pourra plus fuir malgré l'envie tant Il y tiendra. Pour ne pas froisser son plaisir. Elle ira. En fermant les yeux sur ce corps débordant et inerte imposé à ses yeux. Elle sortira vite. Et attendra dans ce peignoir qui n'est plus le sien. Trop grand. Dans cette pièce froide où elle fera hurler la radio pour se noyer en silence. Et reviendra des larmes sèches sur les joues. Invisibles. Reprendre le devant de la scène. Tout sourire. Elle leur aura fait plaisir. Simplement. Rien d'autre n'a d'importance. Les coups, elle les encaissera. Ceux là et d'autres. Les ecchymoses apparaîtront à l'ombre de sa solitude prochaine. Elle essuyera ses larmes entre ses draps. Avec ce poids en plus au creux de son ventre. Celui de savoir qu'à deux pas de là. Cette fois. De véritables bras. Chauds et accueillants pourraient la serrer. Fort. En l'en étouffer d'amour. De patience de l'attente récompensée. Leur impatience à la revoir qui l'effraie. L'incompréhension demeure. Elle n'est pas "aimable". Ils ne peuvent ni ne doivent l'aimer. Le manque qu'ils laissent aussi, reste. Rien ne s'efface. Pas même auprès d'eux. Et le lendemain. Petite voleuse. Elle grapillera encore quelques douceurs par la ruse. Pour l'apaiser. Quelques minutes. Quelques heures.
Quand son vide sera un poids. Quand cette comédie virera au drame en son for. Elle abusera de la carte de l'humour. Elle l'aiguisera. "Tu as été très sage ?! Alors fille fille est revenue" lancera-t-elle avec une petite voix aigue incitant à la moquerie bienveillante. Et Elle succombera. Elle le sait. Elle connaît les astuces pour prendre ce dont elle a besoin sans le réclamer. Sans imposer ses besoins. Elle ne sait faire que cela. Ignore les chemins pour énoncer les besoins profonds. S'en maudit, mais ne trouve pas d'autres voies. Alors, Elle la prendra dans ses bras en répondant à ses anêries qui la font cependant sourire. Et elle, elle étouffera ses larmes dans les bras de cette maman si chère. Elle n'a plus 24 ans. Petite fille. Mais 2. Ou plutôt 4. A l'aune de la conscience du manque et du besoin. A l'aube de la chute du château de cartes des illusions. A quelques années de là.

 

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23 mars 2007

Ce matin là.

Je n'avais vu que cela d'elle. Sur le quai. La bavure du khôl. Oeil gauche. Je n'étais pas très réveillé. Un peu pressé ce matin là. Quand le métro est entré dans la station. Comme tout le monde. Je me suis dépêché de rentrer dans la rame. Le trajet allait être long jusqu'à l'arrêt l'Hôtel de Ville. Je convoitais un siège. Et je l'avais déjà oublié. Et puis. Elle m'a frôlé. Et de ce bref contact, un choc. Ou plutôt une vision.
Il faisait nuit. Elle marchait vite. Une musique sourde flottait dans l'air sur son passage. Comme une vague effluve de "Lolita Lempicka". J'ai le nez très fin. Et ce parfum, je l'offre chaque année à ma soeur. Il ne m'était donc pas difficile de le reconnaître. La musique, en revanche... Je n'ai aucune idée d'où je suis. Enfin, d’où elle est. D’où nous sommes. Car d’emblée, je perçois des émotions qui ne m’appartiennent pas. L’évidence, c’est elle que je suis dans la pénombre. Et déjà, elle est loin. Les ombrent s’étendent sur le bitume. Elle disparut dans l'entrée d'un immeuble flambant neuf.
Mais. Je la retrouve. Dans un hall. Baissant le regard sur le reflet d'un mur vitré. Ce n'est plus la musique que j'entends. Mais des mots. Un discours. Un monologue peut-être bien. "Il faudrait que nous parlions. Je sais que tu n'aimes pas ces mots là. Mais..." ... " Je ne sais pas comment t'expliquer." ... "Il serait peut-être malhonnête de rester ensemble. Tu sais, je..." ... Je ne suis pas sûr de tout. Ses silences me transpercent. De temps à autre, elle reprend son souffle et s’élance. Puis se tait de nouveau. Prisonnière de je ne sais quelle geôle. Elle aussi semble ignorer ce qu’elle tente de dire. Comme si elle récitait pour se convaincre et trouver la formulation, elle s’entête et recommence. Et puis plus rien. Une porte bleue. Close, déjà. Je n’ai rien vu.
Plus rien du tout. Le métro arrive Porte Maillot. Je tente de me ressaisir. Mais le trouble persiste. D'autant qu'elle s'assoie en face de moi à ce moment là. Et ses genoux buttent les miens. Et je replonge encore.
Elle est là. De nouveau. Mais elle n'est pas seule. Un homme l'accompagne. Imposant bien que fin. Trop peut-être. Il lui parle. Elle répond par monosyllabes. Des phrases entières défilent encore dans sa tête. Sans un son. Je peux les lire sur ces iris. Bien qu'humides.
Ils sont allongés. Elle ne le touche pas. Mais lui si. Elle semble si introvertie, errante qu'elle en est touchante à défaut de vexante. Lui. Il ne semble pas remarquer. Ou plutôt si. Mais ne as savoir que dire. Ne pas vouloir la provoquer. Ni se confronter aux abîmes dont il ignore tout. Comment le lui reprocher ? Ils ne bougent pas. Pendant longtemps. Les lumières diffusées par les tubes cathodiques dessinent des ombres sur son visage. Il glisse sa main sous la sienne. Elle ne la serre pas. Rien. Elle tremble seulement. De rage peut-être bien.
Les voilà debout. La lumière me fait cligner des yeux. Elle est bien trop forte. Elle a replié ses mains en croix sur sa poitrine. Elle oscille lentement. Et il l'a tient contre elle. Dos contre torse. Je ne saisis rien du drame qui se joue. Ou de la vie peut-être qui se déroule. Elle a tourné la tête vers la droite. Lui a posé la sienne sur celle de la jeune femme. Ils se balancent. Doucement. Ce spectacle me déroute.
Assister à cela. Que je ne saurais définir. Me dérange. Comme un rêve dont on ne s’extraie pas. A la limite du cauchemar. Où toutes les émotions sont si prenantes qu'elles vous font croire que vous évoluez dans la réalité. Or, ce n'est pas ma réalité qui défile. Comment peut-elle survivre à cela? A cette vie là qui vrille les tripes en vous en faire ramper. Métro George V. Elle m'attire de nouveau. Pourtant, elle ne cille. En dehors de sa main qui bat la mesure d'une chanson que je ne distingue pas.
Il fait très sombre soudainement. J'ai l'impression d'être un voyeur en cherchant à percevoir quelque chose. Quelqu'un. Je me sens mal à l'aise. Cette propulsion dans la vie de cette jeune femme me fascine cependant. Soudain. Une main. Sur un drap. Deux corps. Endormis. Je n'aperçois que des formes. La devine, elle. Toute ramassée sur elle-même. Elle bouge. Doucement. Et se rapproche de l'homme. Epouse la forme de son corps. Imbrique ses genoux dans les siens et pousse ses reins contre son abdomen. Et ouvre un oeil. Je ne sais pas à quoi elle pense. Ses propos sont trop confus. Presqe inaudibles. Trop contradictoires aussi. "Tu devrais avoir honte"... "C’est presque agréable"... Je ne comprends rien. Elle semble sourire. Et pleurer. Mais qu'a-t-elle ?
Des gens crient. Station Concorde. Les correspondances remplissent la rame. Les gens se bousculent. Je suis bien content d'être assis. Elle ne bronche pas. Sait-elle où elle est ? Où elle va ?
Il doit être tôt. Il ne fait pas très clair dans la pièce. Mais plus qu’auparavant. Silencieuse. Elle sort du lit. Et se glisse dans une autre pièce. Et en ressort habillée. La pointe des cheveux mouillés. Il flotte autour d’elle un parfum de Provence, de pêcher peut-être. Elle embrasse l'homme. Sa main avance et recule. S’immobilise au-dessus de lui. Et elle finit par lui caresser la joue. La main. Lui murmurer quelques imperceptibles mots. Et s'en va de nouveau. Elle sort de la chambre. Elle court presque. Comme une voleuse.
Manteau noir. Pantalon noir. Nous sommes ce matin. Et elle déambule dans la même rue que la veille au soir il me semble. Musique. Et larmes. Ce sont les rayons d'un pâle soleil qui la trahissent. Ils font luire les traînées humides sur ses joues. La voilà dans un tramway. Elle regarde la Tour Eiffel et le nuage de brouillard qui occulte encore celui de la pollution urbaine. Puis le soleil. Et détourne les yeux. Et, tiens. Me voilà. Sur le quai. Le nez dans mon attaché case.
Hôtel de Ville. Je la dérange pour sortir. Elle lève enfin les yeux. Dieu qu'elle a l'air perdu.

 

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Under  your  Wings  by  Littlemewhatever

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04 mars 2007

Une nuit sur son épaule.

this_is_love__right__by_fantasiafaerieSa jambe gauche repliée sur la sienne. Allongé sur le flanc droit. Ses bras l'enlace. Et ses longues phalanges osseuses buttent contre les siennes. Plus molletonnées. Il ne bouge déjà plus. Son genou pris sous le poids de sa cuisse. Elle ne tente plus un geste. De peur d'effrayer le marchand de sable. Ses doigts dansent doucement entre les siens. Elle les écartent lentement. Faible. Fuyante. L'afflux sanguin ne lui plaît guère. Depuis toujours. Ses nerfs se relâchent paraît-il. Sa respiration le trahit. Il a déjà enjambé quelques chimériques frontières. Un peu plus loin. Presque hors d'atteinte. Mais sa seconde main n'a pas déserté pour autant. Elle se fait plus pesante. Elle trône sur son ventre. Elle en tremble. Insidieusement. Les yeux rivés au plafond. Elle ne  voit rien. Comme lui sous ses paupières closes. Plus rien ne bouge dans tout l'immeuble. Le silence pèse sur les âmes. Comme la nuit hourlée d'une ronde lune rougeâtre. Avec précaution. Et la parcimonie des gestes qui ne voudraient soulever ni brise ni doute. Elle se dégage. Voudrait se replier peut-être. Se recentrer. Se retrouver. Chien de fusil. Peut-être. Ou petite égoïste. Plus certainement. Elle ne veut souffrir d'aucun lien. Pas même celui d'une nuit partagée. Enlacés. Elle ne tient pas. Ne sait pas. Le rythme de sa respiration agace une mêche de ses cheveux. Et, l'énerve, elle. Doucement, encore. Elle retire sa jambe. Et pivote. Lui ne sent rien. Elle en serait presque soulagée. Il l'a laisse jouer la voleuse. Et d'un coup, il se retourne vers le mur. Dans un râle. Un titillement. Une vexation. Sa respiration demeure inchangée. Seulement destinée au mur. Elle termine sa volte face dans un soupir. A demi soulagée. A demi dépitée. Et elle fixe les volets d'où ne s'échappe aucune lueur.

By  Fantasiafaerie

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03 mars 2007

Rodéo.

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Simple  Final  By  xxPaperflowersxx


Quand elle arrive. Elle appuye toujours sur le mauvais bouton. Au "1", elle ajoute un "6". Pour le septième ciel. C'est logique. Simple question d'addition. Bête et simple. Même pour son faible quotient intellectuel. Même pour son illettrisme mathématique. Et puis. Pour son chiffre aussi. Un des deux auxquels elle se réfère. Bête et méchant. L'espoir factice de la numérologie. Des horoscopes. Et les croyances populaires du 7. Un petit plus, donc. Entre deux grands moins. Pour que s'annulent les opposées. Être neutre. Même si c'est vain. Et puis elle enclenche vite. Très vite. L'autre bouton. Celui qui la calfeutre seule dans le petit réduit. Pas de vis à vis. Pas de bonne figue à afficher. Une inspiration chevrontante. Ou une larme. Elle n'en sera même pas témoin. Elle regarde le bout de ses bottines noires qui s'entrechoquent. Montée de stress. Esquive à la fuite dont l'idée lui serre le coeur. Et ses ongles se plantent dans sa paume. Pas un échange avec le miroir. Divorce consommé. La petite fille ne sait pas jouer aux jeunes filles coquettes. Elle ne voulait même pas sortir. Elle a du se faire violence pour se rendre présentable à défaut de jolie. Elle s'est tirée la langue. Au premier reflet de la journée. Et a mis du noir. Partout sur ses yeux. Une bonne couche. Et le rose de la langue, encore. Le col roulé noir. Jusque au menton. Les cheveux foncés tombent en lambeaux de part et autre de son visage. Et au centre. Des yeux de charbon. Il paraît que les yeux sont le miroir de l'âme. Trop facile alors. Noir. Dans le fard à paupières noir de Dior, il y a des paillettes. Comme de petits astres. Ses étoiles, elle les as tué à force de rester pendue à leurs cous des nuits entières. Petits vers luisants à l'espérance de vie limitée.
Quand elle touche à son but. Malgré elle. La jeune fille n'en a pas fini de se débattre. De ne jamais voir le jour. La petite fille tire sur sa veste. Empêche la progression du corps. Tire les cheveux de l'âme. Elle l'implore de partir. Vite. Et loin. D'ici. De tout. Les fantômes et le monstre lui font peur. Ce corps qui a repris de l'ampleur aussi. Ces yeux noir autant que ces entrailles pourissantes. Ce soleil qu'elle ne sait pas tenir entre ses maisn et offrir. Elle se fait peur. Mais la demoiselle n'entend plus. Elle a deserté. Chose que la petite fille ne maîtrise pas encore. L'envol sonptané. La petite dame, elle, laisse sur le carreau l'enfant passé et la femme qu'elle aurait du advenir. Et elle passe en pilote automatique. Instinct de conservation. Ou faiblesse. Qu'importe. Elle en est là. Elle ne sait pas faire autrement. Elle ne connaît que ce chemin. Par coeur. Et celui là. Quand la moquette amortit ses chutes, elle doit aller tout droit. Puis deuxième à droite. La lourde porte bordeau. Et la descente s'amorce. Dans le noir. Toujours. Pour être dans son élément. Quelques blèmes repères. Elle tourne en rond. Dans sa tête. Chante toujours et encore les mêmes tons. Erik Satie martèle la descente aujourd'hui. Parfois. Elle tombe. L'arcade contre le plastique de l'angle de la marche. Du rouge sur le noir. D'autres fois. Elle s'y assied. Et sens le temps tricoter le vide entre ses doigts moites d'avoir essuyé bien des larmes déjà. Une note de piano à chaque marche. Comme un coup sur la ficelle. Petite demoiselle est un pantin. De la vie. De la mort. Sa main frôle à peine la rambarde. Doucement. Tout doucement. Ses pieds marquent des doubles croches noires. Suspension du temps. Avant l'autre descension. Celles des rondes eaux sur ses joues. Encore. Jusqu'à la noyade. Elle n'a pas encore pris place sur l'échaffaud qu'elle se répand déjà. Elle baisse la tête. Cache son visage dans les mailles de son pull. Evite ainsi les insultes qui fusent. Elle n'est plus là. Plus vraiment. Ensuite. Le silence se fait. Et même ses lèvres ne miment plus le chant. Les mots des autres. La mélodie a disparu. Sou fou mutisme subit. Son timbre de voix n'est que sanglot et retention vérbiale. Il l'étouffe, son silence. Asphyxie que ne stigmatise aucune rougeur sur ses joues. Là. Ne siègent que la honte et le mascara noir. Princesse et Prince. Elus sans le consentement de la vox populi. Putsch émotionel. Viscéral. Incite à la révolte. Puis, à force de vains combats, à la lassitude. La désuétude. L'abattement. Courbe l'échine sous le joug.
Quand elle repart. Elle a perdu un peu de consistance. Toujours un peu plus pâle. Un peu dans la cage d'escalier. Un peu sur le velours vert élimé. Un peu entre deux stations de métro. Les couches de sédiments de son être se disloquent dans chaque silence et chaque pauvre mot écorché de soubresauts colériques et stériles. En offrande. En gage. En rejet. Comme des failles où plongent les microbes. Alors. Elle les fatigue. Purge le tout. Et crache ses entrelacs. Elle oublie pourtant que c'est en elle qu'elle fragilise ainsi. Elle ne sait plus. Dichotomie. Dysmormophobie. Schizophrénie. Elle use alors ses lendemains de femme sur les supositions qui gangrène son âme. A bien chercher, elle ne sait rien faire d'autre. Petite meurtrière. Petite salissure contagieuse. Elle éventre entre ses mains celles d'autres qu'elle ne sait tenir. Commence à croire qu'elle ne pourrait jamais vraiment les caresser. Trop abîmée. Trop prisonnière qu'elle a été. Les barreaux l'entourent. La folie est une meilleure ennemie qui ne lâche pas les os qu'elle ronge. Paris est gris. Et les trottoirs qu'elle arpente. Sous la pluie. Réveillent bien plus que des frissons. Son coeur passe son tour.  Faille béante. Elle ne voit plus rien. Et elle traverse la rue. Le boulevard. Paris. 18h. La circulation s'écoule. A flot. Son sang se fige. Voile noir. Ses yeux se ferment. Elle n'a pas vu la voiture. Et elle s'envole.


Dis, quand reviendras-tu ?
Dis au moins le sais tu,
Que tout le temps qui passe ne se rattrappe guère.
Que tout le temps perdu ne se rattrappe plus.
(Barbara, Dis, quand reviendras-tu ?)

 

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21 janvier 2007

Montparnasse.

On n'échappe à rien, pas même à ses fuites.
Jean-Jacques Goldman, tiré de On ira.

 

La porte à peine franchie, une nuit opaque s'est abatue sur elle. Et à toutes jambes. Rue des Favorites. Rue du Docteur Roux. Elle a tourné trop tôt, poussé par les démons de l'obscurité que lui soufflent l'enfance. Son sac lui lacère l'épaule. Et ces genoux et ses talons flagellent. A chaque pas, menacent de rompre l'élan. Elle ne ralentit pas pour autant. Rue du Cotentin. Le parcours habituel des errances dominicales lui apparaît plus incertain. Elle empreinte la rue de l'Armorique. Même si cela la retarde un peu, qu'importe. De toute façon, personne ne l'attend. Elle voulait juste revoir sa fenêtre. Eteinte, certes. Comme depuis 10 ans, les scintillements de sa présence. Défilent les souvenirs sur le noir écran d'une nuit de janvier. Les flashs colorés du Boulevard Pasteur la tire de son affaissement émotionnel. Les enseignes y clignotent à coeur joie, pour le seul plaisir de la muette Tour Montparnasse.
Dans sa furie, elle manque de s'empaler sur un parking à vélo. Ceux qui ont tant de fois rattrapés ses chutes et contenues les heures perdues en des rendez-vous repoussés, annulés. Son cri n'a réveillé personne. De la vie ne subsiste que la buée sur les vitres d'un bar et d'un restaurant. Depuis peu désertés apparemment. Et de sa présence qu'un volubile nuage de vapeur. Au pas suivant, elle a disparu.
Dans la gare, des couples se réchauffent. Un homme accoudé à un pilone en béton souffle sur les doigts. Depuis un mois, le froid n'épargne aucun recoin de la capitale. Un centimètre de peau qui dépasserait serait rougit dans la minute. Mordu par le froid. Elle a calme son allure. Sa respiration aussi. Remets en ordre sa rousse tignasse. Et remonte son baluchon. Elle observe ces vies au ralentit du coin de l'oeil. Et tire un trait.
Un agent de la SNCF déboule à ce moment. Sur un chariot vide. Et impose bruyamment son passage. Il masque la destination du train annoncé au même moment. Elle ne saisit que "va entrer en gare voie 5". Un petit groupe hétéroclite a déjà pris cette direction. Entre les enfants endormis et les valises, les cheveux grisonnants et les baggys déchirés, aucun visage connu. La destination finale du convoi ne l'intéresse guère. Elle aurait pu demander chercher à savoir. Le dessein n'est pas là, au bout du compte.
Elle se contentera d'un aller simple en toute illégalité. En deuxième classe, cela va sans dire.
Une fois la foule assise, elle a trouvé un compartiment libre. En cette heure tardive, peu de voyageurs. Elle referme soigneusement les rideaux. Enclenche le chauffage et éteins la lumière blafarde. Puis se risque à mettre les pieds sur le siège qui lui fait face. Un tant soit peu gênée de sa nonchalante fraude. Et elle s'endort. Sans but. Ni destination. Sans rêve. Seulement sa fuite effective.

Elle avait souvent fait ce rêve. Ce plan. Les yeux ouverts. Comme des ses songes baignés de sueur. Devant l'écran géant du cinéma des Halles, aussi. Superpositions maladroites d'images et de sons à travers ses yeux humides. De chutes et d'exils. Elle ne projetait rien d'autres qu'en catimini, son retrait. Pas tellement un choix, mais uen solution de recours. Une folle échappée. En désespoir de cause et de remèdes. Les yeux mouillés et le corps tremblant. Le possible ailleurs. La tentation. La folie, aussi. La porte à pousser. Là. Dans le noir, alors que tout le monde regarde ailleurs et qu'une main sur sa cuisse ne la retient. Comme à la lumière du mois de juillet, personne ne verrait rien. Elle était invisible.
Elle gisait ce soir là. Etendue sur son lit. Le voisin avait à peine terminé ses gammes de guitare sèche. Et à l'autre bout du studio, le second mâle de l'étage semblait être venu à bout de sa tuyauterie. Le silence emplissait les appartements. Le couloir de l'immeuble. Et la rue, en ce dimanche soir, n'était pas animée. Elle ne sentait que les bruissements de sa respiration sous les draps. En nage. Elle flottait. Les heures n'avaient plus de saveurs. A contretemps. A contre-courant. Lentement, ses jambes tanguaient. Entre agacement et lassitude. Son esprit, lui voguait. Loin. En Bretagne. Sur les rivages qu'elle avait arpenté toute une nuit. Autrefois. Et ses yeux reconstituaient d'autres paysages sur son blanc plafond. Ses morceaux de musique favoris inondaient ses pensées. Et puis, les assauts des angoisses. Encore. Et la voilà assommée. Perdue. Noyée.
Et puis. Elle a sauté de son lit. Enfilé son jean trop large. Son col roulé noir à gros boutons. Ses bottes de sept lieues. A fourré dans son sac une pochette de photographies élimées, une bouteille d'Hépar, un cahier vierge et une armée de stylo. Ses lettres enrubannées. Un choix de livres cornés par les lectures multiples. Son mp3 avec le chargeur. A déposé son téléphone portable sur la table basse. A tourné le robinet du gaz, de l'eau. Et a refermé les deux verrous de la porte. Glissé le trousseau de clés dans sa boîte aux lettres. Et a plongé dans la nuit.
Elle avait souvent fait ce rêve fou. De tout plaquer. De partir, sans destination autre que le souvenir breton. Ou l'illustre inconnu. De tout laisser derrière elle. Sans donner ni adresse ni indice. Être injoignable. Introuvable. Disparue aux yeux de tous comme aux siens. Plus qu'une fuite, une tentative ultime. Voir ailleurs comme tourne la vie. Avec d'autres paysages, d'autres gens, d'autres bras autour d'elle. Sans passé ni poids. Sans elle. Devenir une autre. Débarquer sur un quai comme dans une autre vie. Un autre corps. Ou. Comme pour se retrouver plus loin. Plus vraie. Elle.


On ne fuit jamais assez loin et on ne se fuit jamais assez longtemps!
Car toujours vous rejoint l'inadmissible.
Victor Lévy Beaulieu, tiré de L'héritage.


rer

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09 janvier 2007

En Mode Menteuse.

D'une fine et ferme jambe. Gantée de soie couleur chair et de bottes de sept lieues. J'enjambe. Les heurts, la mendicité et les fades aubes. D'une main lassée par l'habitude, je ramasse les fleurs des admirateurs. Elles jonchent mes avancées. Et sous mes semelles des pétales de roses rouge bordeau. De l'autre, je repousse obstacles et les déjections des ignards pigeons.
Je suis une Princesse.
La Princesse du Bonheur.
A mes longues boucles rousses, des fleurs fraîches. Des lys. Je suis une Reine. Et j'excelle. Vie professionnelle maîtrisée. Rien ne m'atteint. Je suis celle qui ne subit rien. Ne pas faillit pas. Derrière mes lunettes noires Gucci aucune larme ne vient tâcher les épreuves manuscrites de mes articles mondialement publiés ni les premières pages de mon sixième best-seller futur prix Nobel de littérature. Pas plus que des larmes ne gondoleront mes tirages photographiques en baryté. Je suis irréprochable. Ne cède ni ne ploie. Celle qui fait loi. Attise foi et convoitise, respect. Celle qui ne connaît d'Achille que sa beauté légendaire et non sa faiblesse. On me verse offrandes et tendresses jusqu'au dégoût. Seules les blanches colombes des crépuscules prometteurs me parviennent.
Je suis une sylphide.
Mon corps est un appât. Une beauté dessinée dans le velours noir des grands couturiers. Avec nonchalance, douceur et élégance, je tends mes mains gantées de strass. A qui désire les baiser. Le coeur sur la main. Et les talons aiguisés. Qu'on ne m'approche sans permission et je mords sans la moindre compassion. Ni l'once d'un remords. Je parade sans suffisance. Prends l'espace. Et de la vie, je fais mon terrain de jeu. Distribuant mes battements de cils à qui se traîne à mes pieds. Une aumône.
Je suis Reine.
Aimée et adulée.
Les hommes me font la cour à tous les carrefours. Reçois des lettres et des suppliques libidineuses ou juvéniles par milliers. Dans la rue ils se retournent. Mon amant est l'amant de l'amant de l'amant de mon époux. Les autres patientent que je me lasse de mon actuel harem d'éphèbes triés sur le volets. Un pedigree. Dans mon giron Johnny Deep, Harry Roselmack et Sean Connery. Jennifer Aniston, Kate Moss et Tery Hatcher se lamentent de n'être que ce qu'elles sont. Je danse sur les rubis de la couronne de mon roi déchu. Je brille. Que dis-je, j'irradie. Je flamboie. Et tout me réussit. Je les rend fous. Avec un plaisir assumé. L'étoile rouge de la Place Blanche. Paris. Je règne. Maîtrise et ordonne. Je les rends livides de désirs et folles de jalousie. Ma beauté dorée les rend vertes. Et eux, à mes pieds, lèchent le cuir de mes bottes ornées de diamants. J'écrase leurs phalanges. Et ris aux éclats. Mes larmes sont des perles de rire 18 carrats. Je me calfeutre dans ma tour d'ivoire cinq étoiles quand ils ne sont pas à la hauteur du service payé. Et renvoie le monde dans ces tréfonds quand il ne hisse pas l'astre solaire assez haut.
Je me fous des âmes et du monde. Des gens et de leurs coeurs. Peu m'importe, si ce n'est moi. Le monde et son son centre c'est moi. Qu'on ne m'approche que pour me cirer les pompes. Mes ordres sont des faveurs que j'accorde. Et chacune de mes apparaitions, de mes actes de présence sont monnayées. Je guide le monde de la blancheur de mes dents alignées. Je suis imprenable. Incapacble. Intouchable. Une forteresse médiévale.
Je suis une déesse.
Un exemple. Un gourou des paumés et des laiderons. Pleine aux as. Créative et originale. Femme fatale. Un Ange. Je suis celle qui réussit. Es. Ris. Renais. Et vis. Celle qu'on envie. Et désire. Pour fille. Pour soeur. Pour meilleure amie. Pour femme. Pour jouet sexuel. Pour mère. Pour grand-mère. Pour voisine de pallier. Pour patronne. Pour modèle. Christian Dior a vendu son âme au diable pour voiler mon corps d'un de ces apparâts. Jean-Paul Gauthier et Lagarfeld se battent en duel dans ma cave. Elle est en fait leurs ateliers clandestins qui me sont réservés. Je suis ma priorité. Rien ne me résiste. Personne non plus. Je suis les pas de danse et la musique. L'orchestre symphonique et le parquet lustré.
Forte. Conquérante. Assurée. Brillante. Hissée au sommet. Rayonnante. Honnorée.
Je suis en tous points comme semblables aux autres cependant.
Je suis heureuse.
Une coupe de champagne Moët et Chandon à la main.
Entre mes doigts manucurés, une fournée fraîchement démoulée de boudoirs rose Fauchon.
Le rire aux bout de mes tendres lèvres glossées de rose et de paillettes.

Je vais bien.


i_can_always_remake_it


By !boobookittyfuck

Posté par Ankylosee à 16:30 - Fiction. - Commentaires [4] - Permalien [#]
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