12 octobre 2009
Je ne suis pas de taille.
Elles dansent comme des centaines d'étincelles. Des petites lumières aux éclats diffractés dans les cristaux de mes larmes. Je ne cesse de réfléchir sur le sens de la vie. Ce soir, comme si souvent, je ne me sens pas de taille. Quel sens a la vie ? Quel sens a ma vie ? Je regarde des séries de minettes qui me mettent des claques à toutes les phrases, ou presque. Je ne comprends pas. C'est à peine si je saisis l'ensemble de tout cela. Qui attend quoi de moi ? "Qui" est un personnage omniscient aux pouvoirs éthérés et immenses. Une entité. Je ne sais pas, et cela m'obsède. Il y aura tant à faire sur cette terre, tant de combats, d'être à aimer que cela me désarme. Je me sens flouée. Petite, si petite et insignifiante. Je vois pas dans quelle direction aller et je reste là, à pleurer. Dans le silence ou devant ma télé parce qu'un épisode me fout des torgnoles plus douloureuses et honteuses que celles de mon père, autrefois.
J'ai l'impression de réaliser trop de choses à la fois, sans pouvoir retenir entre mes doigts quoique se soit. Je ne trouve pas ma place. Celle que je tente de tenir depuis des années, prise dans les carcans de ce que je crois être bien, bon, n'est peut-être pas la mienne. Pas la mienne parce qu'incomplète.On m'a dit un jour que je ne pouvais faire le bonheur des miens sans être heureuse. Que je ne peux aimer les autres sans m'aimer. Un peu au moins, en me respectant à minima, peut-être. Une connaissance s'est vue dire un jour par son petit ami, quelle devait apprendre à être heureuse sans lui, quand il n'était pas là. Jane dit encore que nous ne devrions pas avoir le droit de compter sur les autres pour nous sentir vivant, que c'est l'affaire de chacun. Soit. Ca je le comprends bien. Les enjeux tacites aussi. Mais comment fait-on ? Tout ne se passe pas comme dans les fictions. Et j'ai peur de la prétention. Aucune envie de me suffire de mon reflet.
Et j'ai tellement d'envies. Si peu de forces, de cran, de savoirs. Je voudrais parfois redevenir enfant pour me laisser consoler de ces bras que je désire autant que je les repousse. Autant que je dissimule mes élans. Pire, mes besoins.
J'ai presque honte de mes éveils, de mes souhaits. Ils sont trop tardifs. Auraient dû venir il y a dix ans au moins. A cette époque là, plus qu'aujourd'hui, j'étais préoccupée par autre chose, de bien moins noble finalement. Mais qui a toujours été et sera toujours la seule qui ne m'abandonnera pas. Je critiquais la seule possible naissance de ces souhaits, jugés vils, bas, banals. J'ai gâché ma vie. De mes 26 ans d'existence, dix à peine, en valait la peine. Cette tendre enfance dont je peine à me souvenir. Aujourd'hui, j'ai perdu trop de temps. Une sourde révolte gronde et se fait rabattre le caquet par une vérité : il est trop tard, le temps ne se rattrape pas. J'ai gâché mes plus belles années sur les bancs d'une folie indélogeable. C'est de là encore que je tire mes conclusions. Je voudrais courir et crier, tout recommencer, faire mieux à présent. Mais je suis paralysée. Je suis en train de gâcher les années que l'on dit les plus épanouissantes pour une femme. Je ne bouge pas, je ne sais pas par où partir. Alors je me recroqueville dans cette hérésie apaisante et aveuglante, ce désir de coller ma peau à mes os. Je veux trop en faire. Trop bien faire. Les douleurs du monde me soulèvent, et je retombe. Impuissante. J'en reviens toujours au même constat.
J'ai le syndrome du cœur brisé, m'a-t-on dit un jour. Cette sensation terrible et physiquement douloureuse : celui de mon cœur qui se serre, bat à tout rompre, puis se brise. Tout me touche beaucoup trop. A défaut d'être efficace, je ne peux que prier, pour les uns, pour les autres. Envoyer mes pensées aux quatre coins de la France. Espérer. Je reste là à expectorer en silence l'injustice des faits, des contre-coups du bonheur annoncé, des guerres ouvertes, des combats imposés. Je reste là, jour et nuit, à prier, encore, un Dieu auquel je ne suis pas sûre de croire. Je crois en l'Homme. Je crois en l'espoir. Je crois au droit d'une vie paisible et heureuse après tant de violence et d'orages. Pour tant d'êtres, et je m'insurge dans la souffrance de voir leurs droits ravis. Alors oui, je supplie qui de droit. Et je m'enroule dans le silence.
Et je ne sais pas si je prierai un jour pour moi. Il y a une contradiction absolue dans mes ardeurs à vouloir être là pour autrui, à me rendre utile et celles de vouloir me renfermer, m'assécher et m'envoler telles des poussières.
Tout est tellement confus. Je suis perdue. Je ne trouve pas ma place tant mon cœur me lance d'injonctions, d'exhortations. Et le temps passe... Le temps que je perds. Je ne suis pas de tailler à le faire fructifier, à le laisser ridée ma peau pendant que j'œuvrerai à la beauté.
Photo : Felilly
Musique : BO Dawson Creek
Humeur : Errante
09 octobre 2009
Des chagrins un peu sales.
Il y a des morts qui prennent toute une vie.
Des chagrins un peu sales. Comme l'eau rougie que je rejette et celle noircie qui coule le long de mes joues. Le maquillage est la politesse des fanés. Mes chagrins un peu sales mettent à nu mes désespoirs fardés. Les épanchements lacrymaux étaient silencieux depuis des mois. Seuls des sanglots ridicules imprimaient encore à ce corps des convulsions risibles. Les sévices mécaniques leur ont fait la nique sur de la faïence immaculée. Gélules rose et comprimés blanc sont en train de m'empoisonner, doucement. Le corps ne les supporte plus, semble-t-il. Le corps, quel salopard celui-là. Il me hante comme aux premiers jours. Il instaure ma présence au monde. Monde et existence que je réfute. Je ne vais ni bien ni mal. Je suis triste, je crois. Oui, c'est ça. Juste triste. Profondément triste.
Triste de constater dans quel monde nous sommes sensés vivre. Et vivre heureux, qui plus est. Je ne suis pas d'ici, je l'ai toujours dit. Plus que jamais, ou comme autrefois, je le ressens. Cela me brûle et me ronge au-dedans. Grapille sur mon sourire et mes envies de combats. Bien plus encore, sur mes ardeurs à la lutte et à la foi. Ma mère est licenciée à la fin du mois. Mes amis souffrent, sont malades ou malheureux. L'impuissance me réduit à constater chaque jour la souffrance des êtres chers, des âmes croisées dans la rue, dans les images du JT. Je ne peux rien faire pour ce monde, et cela me dévore de l'intérieur autant que je me cannibalise. Impuissance et aphasie. Inutile spectatrice. Rien ne sera suffisant. Des gens dorment dans la rue, se font expulsés manu militari, se font escroqués ou maltraités, des enfants sont violentés, mal aimés, trop peu nourris et s'éteignent tous les jours pendant que d'autres courent après de l'argent, décorent leur appartement du dernier luxe et demeurent insatisfaits, réclament toujours plus, parfois en détriment des autres, achètent des fringues de marques pour ajuster leur paraître et se vantent de leur savoirs, de leur niveau social... Tout cela me dégoûte, me met en rage autant que cela m'abat. Ce n'est pas l'ambition ou le désir de bien être qui me dérange, mais les êtres qui se contentent d'eux-mêmes et de leur vie égocentrée. Je trouve cela triste aussi de ne pas s'ouvrir aux autres et de ne chercher son bonheur que par et pour soi-même, que dans les choses matérielles.
A la fin de l'année je n'ai plus de travail. Et pas de perspectives. Certainement pas de chance. J'aurais dû travailler dans l'humanitaire. Faire sens pour les autres et contre cette finitude. L'horizon que l'on m'avait proposé m'est passé sous le nez. Parce que je ne le valais pas, parce que je ne suis pas la fille décontractée et décomplexée qui l'a raflé. Parce que j'ai préféré m'écouter et prendre des nouvelles de mon interlocutrice plutôt que de lui poser des questions sur cette hypothèse de travail rémunéré qu'elle m'avait soumise. Parce que je suis bien plus inquiète pour Autrui, pour Elle, que je ne suis soucieuse de mes intérêts professionnels. Cela n'a pas d'importance, ne me touche pas tant que cela. Je n'ai pas d'avenir. Je n'en ai peut-être jamais eu d'ailleurs. Une déception de plus, certainement pas la dernière. Je n'ai plus la force de me battre pour moi. Et de toute façon, je ne m'intéresse pas. Je ne lèverai pas le petit doigt pour moi.
Un temps je désirai ardemment que quelqu'un me serre dans ses bras à m'en faire imploser la cage thoracique. Et que le pue qui me vrillent intestins et coeur découlent. de cette explosion de tendresse spontanée et quelque peu emprisonnante. Une explosion fracassante et rédemptrice. Mais aujourd'hui... Je me sens seule avec ce monde qui boite. Seule dans mes tripes et dans mon âme. Je n'ai pas la prétention de croire que je relèverai ce monde ni que j'aurais pu le faire. Mais pour rien au monde je ne veux m'insensibiliser des autres, m'habiller d'une carapace d'égoïsme pour me protéger des maux humains. Peut-être que je pâtis à tort pour des douleurs qui ne sont pas les miennes. Mais pour rien au monde je retournerai mon regard vers moi, jouerai en solitaire cette course aux petits bonheurs la chance perdue d'avance. Avec le monde aussi, je veux partager les coins de ciel bleu. Ne pas en jubiler seule. Les rires et les moments de chaleur leur appartiennent, aux autres.
Je ne désire plus qu'une chose pour moi : disparaître. Cela sera mon acte d'égoïsme ultime. Doucement, doucement, me retirer du monde. Corps et âme. Mes bonheurs je les dois aux autres, et ça, je ne l'oublierai pas.
Photo : Felilly
Citation : Da Silva - Le jour de la défaite " De promesses en promesses on ne fait que courir dans les ornières."
Musique : Mano Solo - Les enfants des autres
Humeur : Liquidée
28 septembre 2009
Méfie-toi de moi.
Méfie-toi des blessures
Que l'on ne guérit pas
De mes mains qui rassurent
Mais ont eu tellement froid
Méfie-toi de ma peau
Elle se souvient de tout
De ce qui est trop beau
Et n'appartient qu'aux fous
Méfie-toi de moi
Je me fais tant de mal
Tant de fois
De chagrins abyssaux
Méfie-toi de moi - Hélène Ségara
25 septembre 2009
Allô oui c'est moi...
.
Il y aurait tant de paroles. Tant de phrases à citer d'elle. D'elle et d'autres. Tant de mots que je ne dis pas, que je cite de derrière mes masques. Comment dit-on la lassitude ? Comment dit-on le manque d'envies ? Comment dit-on la fatigue de sa vie ? Comment dit-on la décrépitude ? Je l'ignore. Je les ressens seulement. Ils amenuisent mes forces. Ils ralentissent les battements de mon cœur.
Musique : Mylène Farmer.
Musique en cours : Mylène is Calling. Puisque. Pardonne-moi. Tristana. Jardin de Vienne. Que mon cœur lâche. Effets secondaires. Ainsi soit-je. Dans les rues de Londres. Plus grandir. Optimistique-moi. Sans contre-façon. Derrière les fenêtres. Innamoramento. Allan. J'attends. Tous ces combats. Et si vieillir m'était conté. Avant que l'ombre. Pas de doute. California. Peut-être toi. Redonne-moi. Et tournoie. Libertine. Méfie-toi. Eaunanisme. Désenchantée. Je te rends ton amour. Nous souviendrons nous. Laisse le vent emporter tout. Si j'avais au moins. Tomber 7 fois. A quoi je sers. Je t'aime mélancolie. L'Autre. Seras-tu là ? Consentement. Maman à tort. Regrets. Beyond My Control. Comme j'ai mal. Pas le temps de vivre. Vertige. Il n'y a pas d'ailleurs...
Humeur : Cramoisie.
24 septembre 2009
"Pardonne-moi"
Elle m'a frappée. Violemment. Par derrière. Une traîtrise. Sans appel. Une chanson est venue violemment me rappeler ce que je n'ai pas oublié.
Je
n'aurais pas pensé à ce morceau là pour évoquer ces deux années là. Je
ne l'ai pas choisi. Lui si, aidé du hasard, du déroulement nocturne de
l'Ipod. Aux premières notes, des frissons m'ont parcouru. Perdue sous
une couette, dans un lit qui n'est pas le mien., j'ai senti mon corps se raidir. Une contraction des tripes qui gagne chaque membre, ankylose chaque membre. J'ai tout revu, revécu,
ressenti comme à l'époque. Rien n'a pu arrêter le déferlement des souvenirs encore trop frais, finalement. Rien n'a pu couper court aux tressaillements de la mémoire, de la peau. Ni les yeux fermés ni
ouverts ni inondés. Une claque terrible.
Je me suis revue, là, dans
la pénombre du studio aux trois petites fenêtres. Ces pièces sous le soleil du sud dans lesquelles la chair de poule ne m'a jamais quittée. Je me suis revue dans ce lit inconfortable qui n'était déjà pas le mien.
Alitée, pas par paresse ni même par choix. Seulement par incapacité à
me lever. Parfois j'écoutais cette chanson "Pardonne-moi". Usée, en sursis. Respirant avec peine, les yeux à peine ouverts. Des nuits d'insomnies ou de cauchemars. Des journées mortes, tant dans les actes que par la projection de pensées ternes. Je m'accrochais à un
très court couplet de cette chanson. Je revois mon bras se tendre avec une lenteur maladive vers le poste CD. Mes doigts cherchant le bouton rond 'suivant'. Le morceau démarre. La tachycardie augmente, résultat d'un mouvement. Un de trop.
Les images m'ont bombardé, sans relâche. 4'30 peuvent être longues. Mon corps a vibré des
mêmes tremblements d'alors. Mon regard, à huit ans d'écart, parcourt
les trois pièces. La chambre. Sombre, dénudée. Sanctuaire de mes forces manquantes. La salle de bain, l'exiguïté de la douche, au fond de ce réduit. Je me collais sous la douche en priant pour que le froid s'arrête. Le petit miroir, fuit, provoqué. Les tics, les combats, les mauvaises habitudes restées depuis, le rectangle blanc au sol comme une estrade sur laquelle je me hissais. La porte à loquet de la sous-pente où je rangeais les conserves qu'elle me faisait avec tant d'amour. La cuisine. Le lino sur lequel j'ai rampé, sur lequel je me suis enroulée, en larmes, des nuits entières. La grandeur de la pièce. Le recoin pour cuisiner que j'ai si peu utilisé. Les invités d'un soir, convié pour vider les placards et frigo remplis par d'autres, par mes parents. Puis les
escaliers, terribles. Il me fallait stopper parfois mon ascension. Pour ne pas tomber à la renverse, atteindre la porte verrouillée. L'espace sous la porte, paradis des odeurs de cuisine d'en-bas. Je les fuyais. Le pâle jardin. J'y ai révisé mes examens, pris des photos de la chute qui aujourd'hui encore me sont chères. Plus loin la route vers l'université.
Le site de la fac, lui-même et ses divers bâtiments. Les amphi où je pleurais de douleurs sur ces bancs de bois. Où j'ai pris des tocs, vérifié l'espace grandissant entre mes cuisses. La bibliothèque, mon refuge contre les resto U où d'autres allaient. La salle informatique, la connexion Internet et le forum... Le studio, encore. Toujours. Sans relâche. Mille images, en flash incessants, usants. 4'30.
Larmes alors. Larmes encore. C'est idiot, j'en tremble encore.
Photo : Mylène Farmer - clip XXL
Musique : le silence
Humeur : perturbée
22 septembre 2009
Au propre comme au figuré.
Il a trois ans et demi. Babille sans cesse des histoires réelles ou
fantasmées, se retourne sur tout ce qui lui échappe encore, sur ce qu'il a encore à dévorer dans ses découvertes incessantes, se pose des questions sur tout. Intègre tout et le restitue avec les sourires de l'enfance qui font rire les adultes qui l'ont oubliée. Il ingurgite le monde. Avale. Sans se poser de questions. En trouvant ça 'trop
chaud', 'trop bon' ou pas accommodé à son goût du jour, quelques fois. Il a ses préférences, ses envies, ses pêchés mignons que rien ne tarit. De véritables cris de désirs. Entre chaque bouchée, il vogue sur d'autres sujets ou à l'inverse contemple son bonheur inné à chaque fourchette. Joue avec les saveurs, commente la cuisson, la façon dont tel ou tel aliment fond dans sa bouche d'enfant, évoque d'autres repas, d'autres qualités des aliments. Et marque son plaisir par des exclamations. Parfois, il regarde la télé en même temps. Focalisé sur autre chose que la question de la
nourriture qui le régale ce soir.
Il a trois ans et demi. Je prépare son repas. Son assiette. Finis par poser la mienne à côté de la sienne. Pas par envie, mais pour ne pas le perturber. Pour qu'à aucun moment ne lui vienne l'idée que l'on puisse ne pas manger. Pour ne pas en être responsable. Pour que rien ne salisse son plaisir pris trois, quatre fois par jour, quand l'envie lui en dit aussi. Pour qu'aucune ombre se passe au-dessus de son assiette. Pour qu'il conserve ce réflexe, ce mécanisme sublimé par le plaisir pris. Plus âgé, il serait moins fragile peut-être. Mais il pose déjà beaucoup de questions, s'entête à comprendre chaque fait. Ce à quoi il ne parvient pas toujours. Je dîne avec lui pour ne plus entendre son interrogation qui fait aussi mal que la réponse absente, par trop lourde : " Tu ne manges pas ? Pourquoi ? "
Il a trois et demi. Je regarde son assiette, ses gestes fluides qui la vide. Son impatience pour connaître la suite du repas, ce dessert qu'il attend parce qu'il "est gourmand et veut le rester toute sa vie". Je regarde mon assiette. Elles ne sont jamais les mêmes, et sur tant de points. Je compare silencieusement en donnant la réplique à ses réflexions, ses histoires, en le regardant si détaché et si prompt à aimer ce qu'il avale. J'exulte, soulagée, de tant de désinvolture et de contentement.
Il a trois ans et demi, et avec une joie non dissimulée, il mange.
Il a trois ans et demi, et il mange plus que moi. Et moi, je tangue. Au propre comme au figuré.
Photo : Intao
Musique : "Autant de peine que de toi" - Zazie.
Humeur : chancelante.
18 septembre 2009
C'est vrai que je ne suis ...
Voilà des jours que j'essaie d'écrire ici. D'écrire vraiment. Les mots ne s'alignent que dans mon cahier dont la couverture colorée et parisienne ment sur son contenu. Quel numéro porte ce carnet ? Il y en a tant depuis le rouge que m'a offert et dédicacé un ange, le jour de l'été 2001. Je devais y écrire de belles choses. Elles sont plus souvent sombres et sales que belles. Le reste des mots n'est que silence. J'oscille entre les dires des autres, les citations qui bien souvent m'attrapent ou m'écorchent le cœur. Le verbatim qui me hante depuis des jours me vient de Colum McCann : " Personne ne tombe à moitié ".
Oui, je tombe. Je le vois à chaque instant, mesure les centimètres de chute à l'aide de mille petits signes, mille petites sensations et autres réflexions ou inactions. Un manque de révolte. Un peu plus de consentement. Je tombe de nouveau, devrais-je préciser. Et pourtant, je vis d'un jour sur l'autre, encore. A regret souvent. Quelque chose me pèse sur l'âme et obstrue la route à la sensation de bien-être, de plaisir, de simplicité d'être. De bonheur. Je badine, ris, converse, travaille, réponds aux attentes et besoins, alimente les projets que l'on formule pour moi sans que je m'y oppose toujours. Je vis, d'un jour sur l'autre. Mais n'y suis pas vraiment. Cela me trahit parfois.
Et je n'ai pas envie qu'on me parle, qu'on me touche, qu'on me réclame non plus. Même pas qu'on me regarde et qu'on me considère. Je n'ai pas envie que l'on ait besoin de moi dans sa vie. Pas envie qu'on me sache, non plus. J'ai seulement le désir d'être sur la touche, sur le côté, en retrait. Comme intouchable. Libre de mes fuites. Transparente et remplaçable.
Ce qui est revenu, c'est l'obsession traduite en actes et la distance grandissante. Cette focalisation de l'esprit sur les interdits, les buts à atteindre pour me délivrer tant d'un poids chiffré que d'un fardeau invisible aux cœurs nus. Ce refus des désirs profonds, du déploiement du corps dans l'espace, de l'être. Cette incapacité à m'envisager une vie, à la construire, à voir loin. A en vouloir. Peut-être à vouloir être demain, encore. Je me replie au creux de l'unique valeur qui tient encore lieu pour moi de refuge. Le seul dans la tourmente de mon existence chahutée, vaine. Un peu trop sombre alors qu'elle connaît tant d'éclats. L'Effacement., la nécessité de m'effacer Lui seul demeure indétrônable, sensé, motivant. Là, je me sens bien, tranquille. Forte peut-être. A ma place, sans l'ombre d'un doute. Bien au-delà de l'envie, il s'agit d'un besoin vital de disparaître. J'excelle dans l'art de me faire du bien, en me faisant mal.
J'écoute M. Pain depuis quelques jours. Et sa chanson qui me touche autant qu'elle me perturbe. "Celle de mes 20 ans". Un jour je m'accroche à ses mots, plainte désespérée à un dieu qui n'existe pas, à l'injustice ambiante, réponds "oui, je voudrais être celle de mes 20 ans". C'est-à-dire celle des 36 kilos, celle bornée dans l'auto-destruction, souffrante certes mais certaine de ses choix qui n'en sont plus. Celle qui avance, même vers le néant, qui a un but. Un sens. Celle qui se sent vivante, paradoxalement.
Un autre jour, un autre instant, je réalise que "oui, j'ai changé." sans savoir en quoi, sur quel point, comment. Puis, doute, hésite. Avance et recule. Je ne suis dupe de rien. Je sais que la vie recèle des beautés sans égal. Certaines personnes ont une valeur inestimable à mes yeux., une indéfectible importance et grandeur. Quelques instants, la lumière d'une aube, un souffle d'air suspendu, un rire d'enfant, la douceur d'un thé, la mélodie de quelques chansons, il y a de la beauté dans toutes choses. De la magie. Dans les êtres surtout, les âmes. Les leurs. Et dans les bonheurs du quotidien, les grandes nouvelles qui chamboulent leur existence. Je ne suis pas insensible ni aveugle. Je me réjouis ou souffre avec ces âmes de ce qu'elles vivent. Pourtant. Je pourrais. Voudrais. Me soustraire de tout, sans un regret, sans un souffle d'hésitation.
Reine de la vidange depuis quelques jours, quelques semaines, face à un frigo occupé par le vide, par des liquides noirâtre ou doré et à bulles, uniquement. Depuis deux mois environ. Face à la culpabilité et aux comprimés rassérénant, par plaquettes entières, de toutes les formes et couleurs. En surdosage, toujours. La balance au milieu du salon, allers et retours. A la litanie des ordres, les siens pour les miens. Les projets auxquels je ne crois plus, comme aux promesses. Les vêtements qui flottent. Joli mouvement vaporeux autour de ce qui ne l'est pas, joli. Ce ne sont pas tant les échos matériels, palpables qui me signifient la rechute. Ils ne sont que décorum. Mais ce sont tous les silences qui abritent un mode de pensées, de fonctionnement que je connais déjà trop.
Quelque chose s'est brisé, à nouveau. Une digue, un pont.
Oui, j'ai changé. Mais en quoi ? Je ne le sais pas vraiment. Tout ce que je vois, c'est qu'aujourd'hui, j'ai la conscience du mal que je m'afflige. Je ne suis plus celle manipulée et aveugle de mes 20 ans. Je connais les mécanismes, les pistes glissantes, l'étiolement des sensations et l'effilement des cordes qui retiennent ici-bas. Je pourrais, non, je devrais avoir appris à crier en dix ans de cohabitation malsaine, aimée et haïe, à refuser ce mal que je me donne.
Il n'en est rien. Pour une seule raison : j'en ai besoin. C'est ma façon de vivre, d'attendre en maître que mes jours touchent à leur fin. De survivre dignement à ma vie.
"C'est vrai que je ne suis plus
Celle que j'étais.
Est-ce moi qui ait changé ?
Qui ait changé vraiment ?
Je ne suis plus celle que j'étais
Mais suis-je meilleure plus va le temps ?
Suis-je une femme ou une fille qui essaie
Et qui échoue, lamentablement.
Et mon regard dans le miroir
Est-il plus profond à présent ?
Peut-être est-il un peu plus noir
Depuis qu'il ne s'ouvre plus en grand.
Voudrais-tu celle de mes 20 ans ?"
Photo : Afihara
Extrait : "Celle de mes 20 ans" - Mélanie Pain
Citation : "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" - Colum McCann - Belfond 2009
Musique : "City Vapors" - Wax Tailor
Humeur : Indéfinie
14 septembre 2009
Pierre Réverdy.
"Je suis dur.
Je suis tendre.
Et
j'ai perdu mon temps,
A rêver sans dormir,
A dormir en marchant .
Partout
où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence.
Je ne suis nulle part
Excepté le
néant.
Mais je porte caché au plus haut des entrailles,
A la place où la
foudre a frappé trop souvent,
Un cœur où chaque mot a laissé son
entaille.
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement."
13 septembre 2009
Blue Morning.

"Le cauchemar instruit les enfants ignares.
Je l'apprends par cœur, c'est ma leçon d'histoire."
C'est même ma leçon de vie quotidienne. Si jamais j'oubliais...
Le cauchemar me rappelle à l'ordre en se moquant bien de la présence ou non de la lune.
Photo : Prismes.
Citation : Nina Bouraoui - Le bal des murènes.
Musique : Celle du silence.
Humeur : Sans.
10 septembre 2009
23:59 - 00:01
.
23:59 - 00:01
Du jour au Lendemain.
Ou comment 83 se réduisent à 2.
"Une ombre vit sur le visage de ceux qui ont perdu quelqu'un. L'ombre
d'une plante grimpante. Elle croit à leur insu et, quand ils pensent
que personne ne les surveille, elle baigne leurs traits d'absence, de
gravité et de perplexité. C'est un démon discret qui habite leur visage. Il se cache dès que quelqu'un le regarde."
Photo : PetitEscargot.
Citation : Véronique Ovaldé "Et mon coeur transparent".
Musique en cours : Ravel.
Humeur : Terreuse.







