13 août 2006
Leur dire. 15.08.06
Si proche. Si loin.
A quelques rainures d'empreintes digitales près. A quelques gènes modifiés par le mélange uniques. A quelques pas des souvenirs boisés de nos mercredis après-midi.
A quelques kilomètres. Quelques pas. A des années lumières.
J'ai peur. De rentrer. De leur dire. De confesser à coups de cicatrices et de larmes ravalées au-dessus de mon assiette, que non, en fait, ça ne va pas. Ni le travail. Ni l'appartement. Encore moins, le corps et la tête. J'ai peur. Ils le sentent plus ou moins. Le dire, c'est autre chose.
Peur parce-qu'ils sont si proche et si loin. Parce-que, sans les atterrer, je leur ai fait beaucoup de mal. Déjà. Bien trop. Et que Leur Dire représente beaucoup. Trop peut-être. Et c'est insurmontable à l'heure actuelle. Parce-que se rajoutent toutes ces barrières que je me suis imposée. Un jour. Dans je ne sais quel empressement de mon esprit atteint. Ces obligations. De les rendre fiers. Heureux, ou en tant cas, pas malheureux ou triste ou préoccupé à cause de moi. D’être à la hauteur de ce que je présume être leur attente. D’être, sous tous rapports, celle dont ils auraient pu rêver, pour fille, pour sœur. De ne plus les faire souffrir pour mes petits problèmes. Alors je comble. Fais le ménage, les gâteaux, les courses, les couleurs... Je me suis coupée d'eux. Incapable à présent d'être sereine à leurs côtés. Vraiment là pour eux. Entière. Tendue à l’extrême de peur d’échouer. D’être approchée, touchée, démasquée. De les voir déçus.
Leur dire. Même si ma mère sent beaucoup, se serait un coup. Pour eux. Pour moi. Peur que ma mère pose des questions. Oui, Maman, je suis une menteuse. Je t'ai tant caché. Parfois, les mensonges sont sortis plus vite que je ne l'aurais voulu, senti. Réponse de survie. Et parfois, j'ai échaffaudé. Caché les bras, les tremblements dans la voix, les cachets en tes murs. Oui Maman, je t'ai menti. Je n'ai rien arrêté. Ni les régimes, ni les jeûnes, ni les cachets en tout genres, ni les techniques d'évitement des repas, ni le sport, ni les vomissements en cas de ce que j'estime être des abus... Ta fille est une menteuse, Maman.
Je ne prétends pas être si importante à leurs yeux, à leurs vies, pour les renverser. Mais je n’ai pas envie, ne serait-ce, que de les fragiliser. De les importuner. Ils ont une vie, bien à eux. Sans gros nuage à ce jour. Ils ne méritent pas même un voile devant leur soleil. Et je me refuse de l’être.
Peut-être que cela me condamne encore un peu plus longtemps à moisir sur le bûcher de mon hérésie. Peut-être bien. Peut-être pas. Je ne m'en sens pas capable de Leur Dire. Si j’écris, c’est que je ne dis pas. Ou à de rares privilégiés (qui subissent plus qu’autre chose). Mais, je ne dis que par écrit, jamais directement. A l’oral, je me défile. J’aimerais savoir parler. Au lieu de ça, le regard descend. Un rictus de gêne monte, et je change de sujet. Ou bafouille trois mots qui ne disent rien. Alors, Leur Dire...
J’ai peur. Aussi. Qu’il se soit passé trop de chose sans eux. Et notamment, que ma mère se sente encore plus coupable. Mise à l’écart. Elle vit très souvent les choses ainsi. Peur aussi, qu’elle revienne au galop, me réduise plus encore à l’état de « petite » en pensant me protéger. Se serait me couler. Et je ne sais pas lui dire. Pas grandir sans la blesser, le besoin d’air. Je n'ai pas le droit de lui imposer ça. Même si dire n'oblige à pas tout détailler.
Ce mal. Je n'ai pas le droit de leur faire.
Avouer tout cela. Me donne le sentiment d'être égoïste, méchante, mauvaise. De n'être encore moins que rien. De tirer des traits sur mes pâles réussites depuis mon envolée du cocon familial explosé. S'il faut, ne serait-ce que verbaliser une once de la situation, j'ai la sensation que cela me réduira à une moins que rien. Incapable, quelque soit le domaine.
Mais je sais aussi, qu'il le faudra.
Ils ne sont responsables de rien. Et en même temps, au coeur de beaucoup. Embourbés dans le marasme par ma folie. Inconsciemment empêtrés dans mes liens et ma mise à distance. Ils ne peuvent pas m’aider. Et sont une porte. Je détiens les clés, quelque part, au fond de mes poches trouées. Ils ne pourront pas même défaire quelques liens si je ne les laisse pas pénétrer dans le hall de ma forteresse.
...

Black White Life By Gnato.
Attrape coeur marin. 14.08.06
J'ai 11 ans. Ou 12 peut-être. En voyage scolaire à Saint-Brieuc.
Une sortie sur la grève au programme. A quelques longues minutes de bus.
Ma classe batifole sur la plage de sable et cailloux mêlés.
Face à la mer, je tombe à genoux. A des mètres d'eux, comme d'habitude. Dans le silence de la houle. Le coeur au rythme de la marée. Je n'ai pas 11 ni 12 ans. Bien plus. Il paraît que cela se lit dans mes yeux.
Et là. Première réelle photographie de ma vie. L'unique image sur papier que j'ai conservé de ce voyage. Qui trône encore au-dessus de mon lit. Le voeu fixé. Entre les vagues et le rivage rosé. A cet instant. J'ai su. Senti. Compris. Juré. Plus qu'un souhait, je trace la destinée dans mes mots de fillette aux pensées de demoiselle. Je sais déjà, qu'il faudra lutter contre les remontrances paternelles, l'éloignement familial, les regrets maternels, les gens qui vous montrent du doigt, "la désertueuse", celle qui s'indiffère du devenir de ses parents, veillards, qui quitte la région natale, ses racines, son histoire ... Mais je suis prête à tous les sacrifices. A taper du poing sur la table. A partir sans un bruit. Je me le jure. Serment marin.
J'ai 11 ans. Ou 12 ans peut-être. Et je sais que je finirais mes jours sur la Côte de Granit Rose.
"Il m'a souvent semblé que mon plaisir serait d'aller toujours droit devant moi, sans savoir où, sans que personne s'en inquiète, et de voir toujours des pays nouveaux. Je ne suis jamais bien nulle part, et je crois toujours que je serais mieux ailleurs que là où je suis." Charles Baudelaire, in Les Vocations.
J'ai 23 ans. Et je suffoque entre les inspirations.
Je sais que mon "droit devant" m'attend. Gare Montparnasse. Rennes. Lannion. Et la Côte de Granit Rose.
Elle n'a pas besoin de moi, la mer, la Bretagne. La réciproque n'est pas valable.
Là-bas, sur un récif découpé et sculpté par la mer. Le vent. La cruelle beauté. La splendeur du vivant, sans cesse refoulé et attiré. La vie qui bat au grès des vagues.
Je sais. Là-bas, seulement. La vie aura ses couleurs. Un camaîeu. Du bleu au noir. Mais sera vivante.
Avec ou sans jackpot au loto. Avec ou sans rafle de la mise à la sueur de la patience. Avec ou sans coup de chance.
Je n'ai que 11 ou 12 ans. Mais je sais. Je construirais une maison sur pilotis. Dans une crique inaccessible. Sur plage déserte. J'érigerais une toute petite maison. Les pieds dans l'eau. Avec une toute petite terrasse à l'avant. Ouverte. Pour respirer et sentir les pluies des vagues. Vibrer. Les pieds encrés dans l'eau. Ou. Je m'offrirais une maison aux pierres taillées. Traditionnelle et ancestrale. Peinte en blanc. Avec des volets bleus, peut-être. Et une double cheminée sur un toit d'ardoises noires. Une petite villa dans une anse reculée. Loin des plages bondées. Une demeure modeste, protégée par des pins aux cimes vrillées par la puissance des vents marins. Une plage au pied d'un sentier escarpé sur les hauteurs d'une crête sauvage. Ou. Je planterais une toile de tente en lisière de la grève. Un camping à l’année. Rien n’est très important quand le large souffle dans les bronches ses embruns de vie qui font tant défaut. Alors, je vivrais au fil des équinoxes. Et les grandes marées fracasseront les derniers barrages. Et je deviendrais mer. Communion au vent salin.

Louis Vuitton. 02.08.06
Chemin pavé d’un logo dans le dédale des langues étrangères. Ni sur les lèvres des clients ni sur les étiquettes ni sur les lèvres des vendeurs, presque pas de « french » dans la capitale. Nous sommes sur le pavé mouillé des Champs Elysées pourtant.
Un cercle et un losange. L’un dans l’autre, imbriqué. A son centre, convexe, du cuir chocolat. Plus haut. A peine à quelques roulements d’escalators, il se fait concave, orné d’un argent rutilant. Le luxe se conjugue selon les matières de l’opulence et de la finesse. Souligné à grand renfort de projecteurs, de recoins feutrés, de rappels de la marque en L&V entrelacés, de contradictions des textures. Mise en valeur par les oppositions. Tout brille. Même la sombre maroquinerie. Ce signe de reconnaissance fait pâlir les valises de cuir rouge vif. Piquent au cœur des ceintures dorées. Renient les étagères achalandées de matières semi précieuses, soie et autres peaux travaillées d'un ancestral savoir-faire. Foulards et porte-monnaie se languissent entre les doigts des japonaises.
Etage intermédiaire.
L'’éclat d’une demie coupole aveugle de son art résolument moderne. Kaléidoscope en lambeaux de verre. Se reflètent ces stalactites factices dans le miroir de la parois. Le tout sur un ton argenté. Perte de repères. Le regard ne sait plus où se figer. Comme il sautait d’un bijou à l’autre à l’étage du dessous sans pouvoir en fixer le détail des ciselures et l'orfeverie des manufactures de la maronquinerie.
Trou noir. Vers l’inconnu. 5 étages en 10 secondes.
Espace d’exposition Louis Vuitton.
Thématique l’Inde. Les murs tapissés de rose. Mille fioritures des maharajas contemporains. Déambuler entre les pigments ancestraux jetés ça et là. Sur une toile ou sur la peau. La pauvreté ajustée aux sourires des enfants des rues. Un parcours entre les teintes affirmées et les non couleurs. De l'excessif fortune au dépouillement d'un bus rouge qui rouille sur le brd d'une route.
Des photographies. Des installations; Un autre monde se dessine. Comme celui qui tranaparaît derrière des tentures fines, blanches. Les fenêtres sont quelques fois condamnées de ces voiles. Ils dévoilent plus qu'ils ne masquent.
Envie de franchir le pas. Passe muraille ou passe fenêtre. Paris tremble derrière la vitre.
Une fenêtre. Enfin ouverte. Des planches pour marches flottantes. Fraîchement maculées de pluie.
Clarté sur le monde. Les yeux en éveil. Un vent frais attisent les sensation. Là-haut.
360° presque parfait. Concorde. Grand Palais. Panthéon. Montparnasse. Invalides. Tour Eiffel. Arc de Triomphe. Sacré Cœur. Mise à genoux de la prétendue plus belle avenue française. Sanctification des cheminées et autres protubérances architecturales parsemées sur l’instable voûte azur du premier mardi d'août. Déclinaison de bleu, de gris, de noir. Noir de gris dont une seule goutte de pluie suffit à diluer l'opacité. Une infinité de nuances.
Un spectacle grandiose. Seule en haut de ces sept étages d'une autre capitale du luxe et de la renommée, de volupté et de fantasmes. De là-haut, le reste est tout petit. Tout en bas. Se pencher. Un peu trop. Et relever les yeux. La Tour Eiffel appelle. A l’ouest, gris. A l’est, bleu. Parsemés de prolixes et ambulants espaces ivoirins. Nuages de passage.
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Si j’étais riche.
Si j’étais riche, je rachèterais ces quelques mètres carrés d’un 7e étage parisien. 7, le chiffre de tous les possibles.
Sur ces cloisons immaculées, l’accrocherais mon plaisir quotidien. Du soir au matin.
Dans ce tendre parquet j’encrerais ma raison.
Dans les deux espaces noirs. Au nord et au sud. Je condamnerais les démons. Boîtes de Pandore aux serrures blindées.
Sur les lattes de bois clair je traînerai mon regard alangui face à ces splendeurs fuyantes et offertes à l’extase.
Sur cette terrasse, je rirais aux éclats de côtoyer tant de beauté en compagnie des amis chers. Paris. A nos pieds.
Franchir le seuil. 14.07.06
Il est des temples que l'on peut violer d'un simple battement de porte.
Pénétrer dans la Mecque de tous les luxes en quelques pas seulement. Passer du bitume aux mosaïques. De l’odeur âpre de la pollution ambiante à un mélange de senteurs créés pas les plus grands nez. De l’anodin et du banal qui peuplent les rues à l’opulence et la volupté des estampilles dans le cuir. Communier par un sceau CC ou DG célébrés au-delà des frontières et des langues. Royaume de la marque et du bon goût, des touristes et des novices parisiens, des articles qui, même soldés n’empêchent pas votre quinte de toux à la lecture du nouveau prix, des crépitements de flashs et des papillonnements, du paraître. Un seul petit sac de papier de ce grand magasin et vous voilà, dans le métro, érigés en érudits du savoir vivre.
Les doigts courent sur les matières à mesure que les yeux se frayent un chemin entre les clinquants étalages. Caressent ce qu’ils n’enlaceront jamais. Les excentricités qui s’accumulent entre les stands prêtent à sourire.
Dans un éclat de rire, la tête par en arrière ; du coin de l’œil vous apercevez enfin ce que vous cherchiez, la vraie beauté de ces lieux. La coupole de 33 mètres de hauteur. L’architecture métallique comme écrin des vitraux de style byzantin. Et la finesse des ciselures. Dix magasins alignés sur le trottoir. Plus de doute…
Galeries Lafayette Haussmann, Paris.
Une immense verrière distille sa lumière en demie teinte. Chaque détail doré se renvoie le moindre éclat. Kaléidoscope scintillant. Sculptés, parés, habillés, colorés chaque recoin du chapeau de verre prend vie. Lentement, en arc de cercles chatoyants et débordants d’apparats, la lumière descend sur les étages. Des balconnets dignes d’un opéra aux moulures finement cisaillées, recueillent chaque grain de lumière dans son obole architecturale pour magnifier le spectacle. Un à un vous parcourez les cinq étages. Jusqu’à ce que vous regard heurtent de nouveau la publicité géante imprimée en jet d’encre offset sur un carton plastifié.
Il est dans Paris des trésors dissimulés sous d’autres bijoux monnayés. Il ne demandement qu’un geste : un mouvement de cil vers le haut.

Les galeries Lafayette, à l’origine une entreprise de mode des cousins Théophile Bader et Alphonse Kahn, doit son nom à la circulation qu’elle impose entre ses rayons. Cette petite mercerie installée à l’angle de la rue Chaussé d’Antin et Lafayette en 1893 devient rapidement le rendez-vous de la bourgeoisie comme des midinettes et des ouvriers. En 1896, les galeries s’étendent dans tout l’immeuble du 1, rue Lafayette, avant de grignoter les numéros 38 à 42 du boulevard (en 1905) et la chaussé d’Antin. La mode des bazars est lancée, et les galeries tirent déjà leur épingle du jeu. En 1912, le nouveau magasin existant encore aujourd'hui, est inauguré : 5 étages, balcons, terrasse et surtout la coupole censée illuminer les marchandises.
Architectes, agenceurs, décorateurs : Georges Chedanne, Ferdinand Chadut et Louis Malerolle.
Sensorielle. 05.07.06
Une à une. Un ensemble chatoyant. Étincelant. Etalées. Les unes à côtés des autres. Ordonnées. Quelques fois, mais pour peu de temps, décalées. De biais pour souligner le brillant ou l’opacité. Jouer de la transparence de la tête de gondole. Ou le patchwork de couleurs. De textures exposées sous les lumières tamisées. De haut en bas. De droite à gauche. Sceau de qualité et signature. Logos significatifs. La réputation précède les tests gustatifs. Des boîtes. En carton. En métal. Colorées ou à nue. Parées de mille polices d’écritures. Des langues d’autres continents, parfois. Des saveurs d’esthètes. Ou de curieux. Pâtes au chocolat et aux épices. Kumat. Thé Mariage. Sucre candi assortis. Sirop au poivre, à fleur de lotus. Infusion à la violette. Café à moudre. Macarons mordorés. Cheese-cakes au café ou aux fruits rouges. Baguette de tradition à la farine de blé. Tomates cœur de bœuf. Crumbles en conserve à la figue. Bouteille déguisée en poupée russe. Curcuma. Safran ou ciboulette. Rizottos. Confitures confites. Des bouteilles allongées. Tourmentées. D’un bleu fluo. D’un jaune affirmé. Reflets plastifiés masquant les rainures des papillons raillés. Pâtes italiennes. Matières 100 % naturelle. BIO. […] Partout, sous les feux des yeux et des spots. Des rayons entiers. Millimétrés. Etudiés selon les mouvements des yeux et l’ajustement des couleurs. Parcours des gourmands comme des touristes. Attirés pour les plaisirs de bouche ou par la magie d’une parenthèse. Premier sens que la vue. Avant l’odeur. Avant le goût qui n’est ici que spéculation. Mise en scène de la salivation et de l’imagination. Goûts et couleurs savamment dosés.
Colorimétrie des sens.
La Grande Epicerie. Rive Gauche. Paris.
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La Grande Epicerie appartient au Bon Marché.
Le premier supermarché aux prix fixes, en libre service,
proposant un catalogue de vente.
Le Bon Marché est né en 1852, sous la tutelle d'Aristide Boucicaut.
Son architecture métallique est la création de Gustave Eiffel.
En 1865, un employé du Bon Marché lance la concurrence, rive droite.
Jules Julazo monte le Printemps et officialise les soldes.
...
Goal ! 01.07.06
Rien. Le silence. A peine le bruit du fer qui parcourt les jambes d'un pantalon. Le chuitement des Sopranos. Presque inaudible. Et le crépitement des abats jour de l'immeuble d'en face. Rien. Ce silence typiquement urbain qui n'en est jamais un. Surtout les soirs de matchs France/Brésil de coupe du monde de foot. Rien. L'ouïe à l'affût. Sans l'image. Mais je ne fais rien.Ne suis pas. Même pas pour voir s'ils sont beaux ou pas, ces joueurs. Ils sont trop petits sur l'écran. J'ai déserté le canapé moins d'une dizaine de minutes après l'abandon. Il était mérité pourtant, ce temps de pause. Je crois. Quand je dis que je ne tiens pas en place. Que je ne sais pas prendre soin de moi. Rien. Une ambiance pensante du premier soir de juillet. Rien que ce bruissement de vie au-delà des fenêtres.
Une clameur monte. J'imagine. Les mains qui montent sur le crâne. Les fesses qui se décolent du fauteuil à mesure que se penche le buste vers l'écran. Mouvement réflexe. Ô combien vivant. Instinctif. Un instant l'espoir. Prêt à jallir. Et les fesses se calent de nouveau dans l'affaissement des sofas malmenés. Rien. Pendant longtemps. Trop. L'angoisse est palpable. Et se rejoue la scène. Plusieurs fois. L'attente. La course poursuite en simultané. Le ballon aux bouts de leurs crampons. Au bout de leurs cils. Et des jambes se décroisent. Passent de la table basse au sol en une seconde. Et les voilà qui bondissent. But. Voilà, but français. Le premier. L'unique. Décisif.
Digne porte parole de la location parisienne d'une rue en sens unique, un jeune garçon hurle sur le balcon. Thierry Henry a marqué. Impossible de l'ignorer. Tout s'accélère. Chaque élan de Zidane sucitent des rumeurs. L'arrêt de Barthes engendre des cris de soulgament. Des petites filles à la voix nasillarde crient à leur tour sur leurs terrasses. Elles connaissent tous les noms de l'équipe française. Rivalité amicale entre étages. Invitant aux sourires. Chaque passe accroît le délire des habitants de l'immeuble. Eclairé de toutes parts. Le gong sonne. Fin de la partie. Ils sont tous sur les balcons. Certains se tapent dans le dos. D'autres scrutent les dernières images des héros d'une première partie de soirée. Et. D'autres attrapent déjà les vestes à la paterre de l'entrée. Premiers coups de klaxons dans les rues. Cornes de brume actionnées. Sifflets à tue tête. Direction République. Mieux, les Champs Elysées...
Bravo les bleus. Aie, je me brûle les doigts au fer à repasser. Une cloque pour une coupe. Tchin tchin.
Luisants pavés. 21.06.06
Longtemps. De pavés usés en lisse asphalte. D'une botte sur l'autre. Mouvement de hanches rythmé et lent à la fois. Elle a marché. Longtemps. Une à une les mèches prises dans son chignon de fortune se sont défaites de l'élastique emprise. Se sont collées à ses pommettes déjà humides. Elle a offert son charbonneux visage aux célestes déboires. Délicatement. Longtemps. Elle a marché sous la pluie. De la caresse à la gifle, quelques pas ont suffit. Pluie purifiante. Délivrante. Aliénante. Battante. Eaux du ciel qui ont parcouru cent chevelures, cent visages, détrempées cent jeans et autres vestes. Eaux du ciel qui démêlent un à un les nœuds de l'âme. En les disloquant dans le petit plaisir de sentir la pluie frôler sa peau. Elle a marché. En tête à tête avec la voûte et ses débordements nocturnes. Elle a marché. Furtivement. Loin de la station de métro. De l'affolement alcoolisé des foules. De la musique à laquelle elle n'a rien entendu. De ce moule fêtard dans lequel elle ne sait entrer. Longtemps. Sous la pluie. Elle a marché. Langoureusement. Compagne d'une nuit d'été. Premier jour de l'été. Ce jour sans fin, le plus long de l'année. Elle n'en a vu que la nuit. La pluie. Et Paris illuminé par ses luisants pavés.
Que le songe d'une nuit d'été.
Bobo Avenue. 17.06.06
(Ceci n'est pas un pamphlet.)
Paris. Eternelle. Changeante. Dorée ou terne. Paris.
Au hasard des avenues s'ouvrent des petites rues. Des petites artères grouillantes. Aux abords de la Madeleine, entres autres. Un parfum de luxe embaume l'air. Rue Saint-Honoré et rue du Faubourg Saint-Honoré. La rue Royale. Non loin, les Champs Elysées et son palais. La place Vendôme à quelques pas.
Sur le seuil des portes des plus alléchantes, fastueuses, branchées ou réputées boutiques patientent des hommes en costume... Des grooms, of course! Ils ne lâchent pas une perle de sueur. Droits et fiers face à la chaleur. Face aux cris excentriques des belles de jour aux lunettes noires. Face aux caprices des richissimes demoiselles qui s'habillent chez Yves (comprenez Yves Saint-Laurent). Oui, oui, à Paris cela existe les hommes soumis! Et dans ces rues nuls marcels ni shorts de l'an dernier ne traînent sur le pavé. A moins que l'attirail ne comporte, appareil photo ou dictionnaire, plan de Paris ou caméscope. Il s'agirait peut-être de touristes (Ce qui n'a rien de péjoratif soit dit en passant.) Car, parmi la foule des gens branchés et ostensiblement friqués errent quelques "gens normaux". Les yeux rivés sur les vitrines étincelantes. A frôler du doigt ce que jamais ils n'empoigneront. A divaguer. A s'offrir quelques macarons Ladurée, puisque nous sommes devant. Comme un parfum d'envie pour certains. De venin pour d'autres. De commun pour quelques uns. Sur les trottoir s'alignent les noms de couturiers, bijoutiers, créateurs, décorateurs... Et les tables des cafés. Lunettes Valentino relevées dans les cheveux. Sacs Gucci aux pieds. Montres Cartier brillants au soleil de 15 heures. Une fourchette à la main ou un café. Jouant à dévisager ou seulement savourant. Tout est là. Posture de rois et de reines. En règne dans leurs cours. Se pavanent et toisent. S’indifférent du balai ou snobent méchamment. Quel jubilatoire spectacle!
De Chez Colette provient une musique déjantée. Un peu trop fort sûrement pour le crâne des vendeurs. Livres et cosmétiques et appareil numériques replacés d'une main gantée, CD et babioles se côtoient. Attirail vestimentaire du golfeur et robe rouge et noir sublime de finesse avec ses perles prennent place à l'étage. Tandis qu'au sous sol s'alignent les tables du Water Bar salué dans la presse féminine sous des lampions feutrés. Peu de clients en caisse. Mais plus que l'argent en poche ce qui semblent compter ici c'est l'illusion d'en avoir, le plaisir de faire croire ou de jouer aux riches l'espace d'un détour dans une boutique chic et tendance.
Ah... Paris...
Et pour les gourmands.
Pour Ma Gourmande et son Palais. ... Clin d'oeil... 
By Through.
Course poursuite. 14.06.06
Un éclat. Une lueur pour une autre. Sur les chevaux dorés des piliers du Pont des Invalides scintillent un doux soleil de juin. Timidement mais avec la confiance des aubes sans cesse rejouées. Maître du ciel, l'astre grignote avec assurance et tranquillité les pierres du bord de Seine. Centenaires ou restaurées, aucune n’est épargnée de ce doux supplice matinal. L’été s’annonce. A pas timides mais sereins. Sous les arcades se réfugient les ombres de la nuit à peine achevée. Tout juste zébré par les spots lumineux des tunnels, la Seine s'écoule en vaguelettes. Paisible sans le remout des bateaux mouches encore à quai. Les arches du pont se retranchent dans une pénombre menacée. Paris salue la lune et accueille le soleil.
La coupole du Panthéon, les étages de la Tout Montparnasse et la pointe de la Tour Eiffel ont depuis longtemps, déclaré forfait. Délicate soumission à l’ordre des choses. S’offrent aux éclats pâles d’un matin printanier. Sous les ponts dansent les premiers rayons de clarté. La lumière se fait. Le soleil, fier, s’enhardit. Scintille l’or des statues anciennes. Et les brumes vaporeuses des lendemains.
Sans prétention, le soleil enjambe les cimes des marronniers taillés au carré. Et s’empare, triomphant des moindres parcelles de la verrière, du Grand Palais endormi. De reflets en miroirs, de formes triangulaires en kaléidoscope. L’art appartient à la palette de la planète reine.
Seule une douce brise tente une résistance. Et se joue des formes que dessine au sol le soleil. Mouvantes, les feuilles troublent les contours. Mais l’astre roi s’en moque. Assaut final, une touche de rose sur l’asphalte. Une pointe de bleu plus franche dans la voute. Et du noir hésitant pour les ombres des troncs qu’il projette au sol. Alignés comme à la verticale. Réguliers et massifs. Echec à la reine. La vie reprend dans une lumière jaunâtre et le premier klaxon.
Bye Bye Sladka Senjka





