... ( Tout ) Et N ' Importe Quoi ...

[ Ce qu'il reste de sel après qu'on a pleuré. ] [ Je vais devenir un pur esprit. Me fondre dans le néant, m'apercevoir que je n'ai jamais eu aucune consistance. Que je n'ai toujours été qu'une apparence.]

20 décembre 2009

Lettre au Père Noël.

christmas_lights_by_LittleFlairPère Noël,

Voilà quelques longues années, très longues années, que je ne t'ai pas écrit. Et même, que je ne crois plus en toi. Je me souviens encore de ce Noël où j'ai compris la supercherie et où, tout en regardant ce qui se passait dans la cuisine par l'entrebâillement des portes successives, je plissais les yeux pour me convaincre d'y croire encore un peu, où sur le canapé aux côtés de mon grand frère et de mon père, je prétendais ne rien voir des agissements de ma mère, gentiment tannée les heures précédentes pour que le "Père Noël passe". La magie de cette fête ne me touche plus.
D'ailleurs cette année je n'ai même pas accroché la moindre décoration. Et je n'ai pas besoin d'un rendez-vous commercialisé à outrance pour choyer un peu mes proches, de sang comme de coeur. Cela sonne faux dans le cocon déchiré et recousu de fil sali. Depuis bien années, je tente d'incarner la bonne volonté familiale en participant activement à la création de ces instants factices, en trouvant des idées cadeaux pour tous et en les amoncelant dans ma hotte / sac à dos, en cuisinant aux côtés de ma mère, stressée, alors qu'au bout de la table, au coin du feu, je me brise de l'intérieur. Et cette année, j'ai peur d'être confronté à tout cela.
Je suis peut-être en retard pour t'écrire. Je ne sais plus comment cela fonctionne, vois-tu. Je ne l'ai pas fait plutôt non plus parce que je sais que tu ne réaliseras pas mon rêve de décembre. Pourtant, les craintes diurnes ressassées faute d'autres choix, les angoisses qui s'insinuent sous mes paupières enfin closes pour quelques heures de sommeil qui ne sont en rien un répit, me poussent à verbaliser mon désir. Je ne veux pas de cadeaux, pas de promesses, pas de paillettes. Je ne souhaite qu'une seule chose, mais de tout mon coeur, de tout ce qui me reste d'âme. De tout mon corps. Quelque chose de concret et de palpable dans ses cavités. En cette année 2009 particulièrement moche, à Noël mais aussi pour tout ce qui me reste de vie, je voudrais une liposuccion intégrale : devant, derrière, double latérale et intérieure. Une minutieuse intervention qui n'épargnera aucun recoin où se cache ma honte bosselée d'excès que rien ne déloge plus.
Ce n'est pas un caprice Père Noël, pas une lubie d'un soir. Pas si superficielle que cela peut paraître non plus. J'ai besoin de me sentir unifiée, de ne plus avoir à porter le fardeau de mon corps sur mon âme. Pour continuer à vivre. J'ai besoin de gratter, de vider, d'assainir. Au point où je suis, embourbée dans le dégoût de moi, de ce corps trop sale, trop gros, trop gras, désemparée face à l'absence de sens de mon existence, il n'y a qu'une intervention quasi divine qui pourrait me restituer à mes propres yeux une valeur minimale me permettant de finir proprement cette vie que je gâche depuis de très longues années déjà. Sans ça, je m'en occuperais directement.

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12 octobre 2009

Je ne suis pas de taille.

Backyard_morning_by_FelillyElles dansent comme des centaines d'étincelles. Des petites lumières aux éclats diffractés dans les cristaux de mes larmes. Je ne cesse de réfléchir sur le sens de la vie. Ce soir, comme si souvent, je ne me sens pas de taille. Quel sens a la vie ? Quel sens a ma vie ? Je regarde des séries de minettes qui me mettent des claques à toutes les phrases, ou presque. Je ne comprends pas. C'est à peine si je saisis l'ensemble de tout cela. Qui attend quoi de moi ? "Qui" est un personnage omniscient aux pouvoirs éthérés et immenses. Une entité. Je ne sais pas, et cela m'obsède. Il y aura tant à faire sur cette terre, tant de combats, d'être à aimer que cela me désarme. Je me sens flouée. Petite, si petite et insignifiante. Je vois pas dans quelle direction aller et je reste là, à pleurer. Dans le silence ou devant ma télé parce qu'un épisode me fout des torgnoles plus douloureuses et honteuses que celles de mon père, autrefois.
J'ai l'impression de réaliser trop de choses à la fois, sans pouvoir retenir entre mes doigts quoique se soit. Je ne trouve pas ma place. Celle que je tente de tenir depuis des années, prise dans les carcans de ce que je crois être bien, bon, n'est peut-être pas la mienne. Pas la mienne parce qu'incomplète.On m'a dit un jour que je ne pouvais faire le bonheur des miens sans être heureuse. Que je ne peux aimer les autres sans m'aimer. Un peu au moins, en me respectant à minima, peut-être. Une connaissance s'est vue dire un jour par son petit ami, quelle devait apprendre à être heureuse sans lui, quand il n'était pas là. Jane dit encore que nous ne devrions pas avoir le droit de compter sur les autres pour nous sentir vivant, que c'est l'affaire de chacun. Soit. Ca je le comprends bien. Les enjeux tacites aussi. Mais comment fait-on ? Tout ne se passe pas comme dans les fictions. Et j'ai peur de la prétention. Aucune envie de me suffire de mon reflet. 
Et j'ai tellement d'envies. Si peu de forces, de cran, de savoirs. Je voudrais parfois redevenir enfant pour me laisser consoler de ces bras que je désire autant que je les repousse. Autant que je dissimule mes élans. Pire, mes besoins.
J'ai presque honte de mes éveils, de mes souhaits. Ils sont trop tardifs. Auraient dû venir il y a dix ans au moins. A cette époque là, plus qu'aujourd'hui, j'étais préoccupée par autre chose, de bien moins noble finalement. Mais qui a toujours été et sera toujours la seule qui ne m'abandonnera pas. Je critiquais la seule possible naissance de ces souhaits, jugés vils, bas, banals. J'ai gâché ma vie. De mes 26 ans d'existence, dix à peine, en valait la peine. Cette tendre enfance dont je peine à me souvenir. Aujourd'hui, j'ai perdu trop de temps. Une sourde révolte gronde et se fait rabattre le caquet par une vérité : il est trop tard, le temps ne se rattrape pas. J'ai gâché mes plus belles années sur les bancs d'une folie indélogeable. C'est de là encore que je tire mes conclusions. Je voudrais courir et crier, tout recommencer, faire mieux à présent. Mais je suis paralysée. Je suis en train de gâcher les années que l'on dit les plus épanouissantes pour une femme. Je ne bouge pas, je ne sais pas par où partir. Alors je me recroqueville dans cette hérésie apaisante et aveuglante, ce désir de coller ma peau à mes os. Je veux trop en faire. Trop bien faire. Les douleurs du monde me soulèvent, et je retombe. Impuissante. J'en reviens toujours au même constat.
J'ai le syndrome du cœur brisé, m'a-t-on dit un jour. Cette sensation terrible et physiquement douloureuse : celui de mon cœur qui se serre, bat à tout rompre, puis se brise. Tout me touche beaucoup trop. A défaut d'être efficace, je ne peux que prier, pour les uns, pour les autres. Envoyer mes pensées aux quatre coins de la France. Espérer. Je reste là à expectorer en silence l'injustice des faits, des contre-coups du bonheur annoncé, des guerres ouvertes, des combats imposés. Je reste là, jour et nuit, à prier, encore, un Dieu auquel je ne suis pas sûre de croire. Je crois en l'Homme. Je crois en l'espoir. Je crois au droit d'une vie paisible et heureuse après tant de violence et d'orages. Pour tant d'êtres, et je m'insurge dans la souffrance de voir leurs droits ravis. Alors oui, je supplie qui de droit. Et je m'enroule dans le silence.
Et je ne sais pas si je prierai un jour pour moi. Il y a une contradiction absolue dans mes ardeurs à vouloir être là pour autrui, à me rendre utile et celles de vouloir me renfermer, m'assécher et m'envoler telles des poussières.
Tout est tellement confus. Je suis perdue. Je ne trouve pas ma place tant mon cœur me lance d'injonctions, d'exhortations. Et le temps passe... Le temps que je perds. Je ne suis pas de tailler à le faire fructifier, à le laisser ridée ma peau pendant que j'œuvrerai à la beauté.

Photo : Felilly
Musique : BO Dawson Creek
Humeur : Errante

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18 septembre 2009

C'est vrai que je ne suis ...

Getting_thinner_by_afiharaVoilà des jours que j'essaie d'écrire ici. D'écrire vraiment. Les mots ne s'alignent que dans mon cahier dont la couverture colorée et parisienne ment sur son contenu. Quel numéro porte ce carnet ? Il y en a tant depuis le rouge que m'a offert et dédicacé un ange, le jour de l'été 2001. Je devais y écrire de belles choses. Elles sont plus souvent sombres et sales que belles. Le reste des mots n'est que silence. J'oscille entre les dires des autres, les citations qui bien souvent m'attrapent ou m'écorchent le cœur. Le verbatim qui me hante depuis des jours me vient de Colum McCann : " Personne ne tombe à moitié ".


Oui, je tombe. Je le vois à chaque instant, mesure les centimètres de chute à l'aide de mille petits signes, mille petites sensations et autres réflexions ou inactions. Un manque de révolte. Un peu plus de consentement. Je tombe de nouveau, devrais-je préciser. Et pourtant, je vis d'un jour sur l'autre, encore. A regret souvent. Quelque chose me pèse sur l'âme et obstrue la route à la sensation de bien-être, de plaisir, de simplicité d'être. De bonheur. Je badine, ris, converse, travaille, réponds aux attentes et besoins, alimente les projets que l'on formule pour moi sans que je m'y oppose toujours. Je vis, d'un jour sur l'autre. Mais n'y suis pas vraiment. Cela me trahit parfois.
Et je n'ai pas envie qu'on me parle, qu'on me touche, qu'on me réclame non plus. Même pas qu'on me regarde et qu'on me considère. Je n'ai pas envie que l'on ait besoin de moi dans sa vie.
Pas envie qu'on me sache, non plus. J'ai seulement le désir d'être sur la touche, sur le côté, en retrait. Comme intouchable. Libre de mes fuites. Transparente et remplaçable.

Ce qui est revenu, c'est l'obsession traduite en actes et la distance grandissante. Cette focalisation de l'esprit sur les interdits, les buts à atteindre pour me délivrer tant d'un poids chiffré que d'un fardeau invisible aux cœurs nus. Ce refus des désirs profonds, du déploiement du corps dans l'espace, de l'être. Cette incapacité à m'envisager une vie, à la construire, à voir loin. A en vouloir. Peut-être à vouloir être demain, encore. Je me replie au creux de l'unique valeur qui tient encore lieu pour moi de refuge. Le seul dans la tourmente de mon existence chahutée, vaine. Un peu trop sombre alors qu'elle connaît tant d'éclats. L'Effacement., la nécessité de m'effacer Lui seul demeure indétrônable, sensé, motivant. Là, je me sens bien, tranquille. Forte peut-être. A ma place, sans l'ombre d'un doute. Bien au-delà de l'envie, il s'agit d'un besoin vital de disparaître. J'excelle dans l'art de me faire du bien, en me faisant mal.

J'écoute M. Pain depuis quelques jours. Et sa chanson qui me touche autant qu'elle me perturbe. "Celle de mes 20 ans". Un jour je m'accroche à ses mots,  plainte désespérée à un dieu qui n'existe pas, à l'injustice ambiante, réponds "oui, je voudrais être celle de mes 20 ans". C'est-à-dire celle des 36 kilos, celle bornée dans l'auto-destruction, souffrante certes mais certaine de ses choix qui n'en sont plus. Celle qui avance, même vers le néant, qui a un but. Un sens. Celle qui se sent vivante, paradoxalement.
Un autre jour, un autre instant, je réalise que "oui, j'ai changé." sans savoir en quoi, sur quel point, comment. Puis, doute, hésite. Avance et recule. Je ne suis dupe de rien. Je sais que la vie recèle des beautés sans égal. Certaines personnes ont une valeur inestimable à mes yeux., une indéfectible importance et grandeur. Quelques instants, la lumière d'une aube, un souffle d'air suspendu, un rire d'enfant, la douceur d'un thé, la mélodie de quelques chansons, il y a de la beauté dans toutes choses. De la magie. Dans les êtres surtout, les âmes. Les leurs. Et  dans les bonheurs du quotidien, les grandes nouvelles qui chamboulent leur existence. Je ne suis pas insensible ni aveugle. Je me réjouis ou souffre avec ces âmes de ce qu'elles vivent. Pourtant. Je pourrais. Voudrais. Me soustraire de tout, sans un regret, sans un souffle d'hésitation.

Reine de la vidange depuis quelques jours, quelques semaines, face à un frigo occupé par le vide, par des liquides noirâtre ou doré et à bulles, uniquement. Depuis deux mois environ. Face à la culpabilité et aux comprimés rassérénant, par plaquettes entières, de toutes les formes et couleurs. En surdosage, toujours. La balance au milieu du salon, allers et retours. A la litanie des ordres, les siens pour les miens. Les projets auxquels je ne crois plus, comme aux promesses. Les vêtements qui flottent. Joli mouvement vaporeux autour de ce qui ne l'est pas, joli. Ce ne sont pas tant les échos matériels, palpables qui me signifient la rechute. Ils ne sont que décorum. Mais ce sont tous les silences qui abritent un mode de pensées, de fonctionnement que je connais déjà trop.
Quelque chose s'est brisé, à nouveau. Une digue, un pont.

Oui, j'ai changé. Mais en quoi ? Je ne le sais pas vraiment. Tout ce que je vois, c'est  qu'aujourd'hui, j'ai la conscience du mal que je m'afflige. Je ne suis plus  celle manipulée et aveugle de mes 20 ans. Je connais les mécanismes, les pistes glissantes, l'étiolement des sensations et l'effilement des cordes qui retiennent ici-bas. Je pourrais, non, je devrais avoir appris à crier en dix ans de cohabitation malsaine, aimée et haïe, à refuser ce mal que je me donne.
Il n'en est rien. Pour une seule raison : j'en ai besoin. C'est ma façon de vivre, d'attendre en maître que mes jours touchent à leur fin. De survivre dignement à ma vie.


"C'est vrai que je ne suis plus
Celle que j'étais.
Est-ce moi qui ait changé ?
Qui ait changé vraiment ?

Je ne suis plus celle que j'étais
Mais suis-je meilleure plus va le temps ?
Suis-je une femme ou une fille qui essaie
Et qui échoue, lamentablement.
Et mon regard dans le miroir
Est-il plus profond à présent ?
Peut-être est-il un peu plus noir
Depuis qu'il ne s'ouvre plus en grand.
Voudrais-tu celle de mes 20 ans ?"

Photo : Afihara
Extrait : "Celle de mes 20 ans" - Mélanie Pain
Citation : "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" - Colum McCann - Belfond 2009
Musique : "City Vapors" - Wax Tailor
Humeur : Indéfinie

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10 septembre 2009

23:59 - 00:01

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23:59 - 00:01
Du jour au Lendemain.
Ou comment  83  se réduisent à  2.

"Une ombre vit sur le visage de ceux qui ont perdu quelqu'un. L'ombre d'une plante grimpante. Elle croit à leur insu et, quand ils pensent que personne ne les surveille, elle baigne leurs traits d'absence, de gravité et de perplexité. C'est un démon discret qui habite leur visage. Il se cache dès que quelqu'un le regarde."


Photo : PetitEscargot.
Citation : Véronique Ovaldé "Et mon coeur transparent".

Musique en cours : Ravel.
Humeur : Terreuse.

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01 septembre 2009

A force d'appeler ça ma vie je vais finir par y croire. C'est le principe de la publicité.

Je ne suis pas celle que vous attendiez. Surprenante, étonnante, changeante. Insaisissable. Je me plais à ne pas vous décevoir, proches comme inconnus. A être celle que secrètement vous espériez  trouver en face de vous. A ne pas vous désappointer par la négative. A ne rien faire paraître de mes cris sur mon visage exposé à vos regards. Sage, discrète, sérieuse, professionnelle ou entreprenante, à la descente rapide, à l'humeur légère, au rire sonore, à la conversation fluide, aux projets envahissants, aux conseils avisés... Je suis qui vous voulez car je ne suis personne. Je ne brouille pas les pistes, je me contente de refléter vos attentes, de cajoler vos besoins, d'entendre vos silences, de répercuter vos désirs sur mes lèvres, mes gestes, dans mes yeux. Informe et massive, je prends la forme souhaitée. Modelable à souhait, je m'avère morcelable. Personne ne me voit jamais dans mon entier. Personne ne connaît chaque parcelle de ma trouble identité. Je suis une imposture.

Et. Manger me rend malheureuse. Or comme tout être humain, j'aspire au bonheur.

Chaque jour, je me rassure en pensant que demain, peut-être, je serais morte.

Titre : citation de Molloy de Samuel Beckett 
Humeur : Six Feet Under

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25 août 2009

Pénombre.

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Rien n'y fait. Il me faudra vider la bête pour toucher à ce qui brûle en moi, me dévore doucement. Je vole en éclats dans une colère sourde, teintée de suie, embrumée de désespoir. Quelque chose me pèse dans ce que je suis, dans ce que je traîne, dans ce que je ne suis pas, de corps comme d'âme.
Quelqu'un habite en moi. J'ai beau tenter de le noyer et de l'expulser mécaniquement. De proposer un traité de paix. De me détourner de moi ou de tenter de m'écouter ... rien ne fonctionne. La paix ne revient pas. Quelque soit le prix que je paie. Il me faudra donc l'affamer pour le réduire au silence, pour l'assécher, le rasséréner et donc ne plus subir son joug. Ou pour m'insensibiliser face à son emprise. Je ne sais plus sourire, même plus feindre de sourire, je ne sais plus me regarder, m'accorder un égard. Encore moins une valeur. Je ne me vois pas avancer encore : je n'ai nulle part où aller, surtout pas avec boulet sur le cœur et une telle enveloppe. J'ai seulement envie de me faire plus mal encore pour oublier que j'ai mal.
Je voudrais pouvoir entrouvrir ma cage thoracique, plonger mes mains à l'intérieur, retirer ce qui me pèse sur le cœur et glisse si souvent sur mes tripes, sur mon désir de vivre. Je n'ai pas ce pouvoir. Je n'ai même pas identifier la source, et où creuser. J'ai seulement la solution annexe pour cesser de porter un poids qui ne me revient pas. Il faut agir pour mettre fin à tout cela. Tant pis pour les conséquences et pour les sens interdits enfreints.

Photo : Edona
Musique en cours : The Wind That Blows par
Piers Faccini
Humeur : Morose

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04 mai 2009

( Sans titre )

over_by_gnato

I see you walking everyday
with a smile beneath frown
But I won't look away, yeah
What does it mean?
What's there to see?
If I look closer
Closer, yeah
Where are you going?
And what are you thinking at all?
Your eyes show nothing more
than a dazed oblivion.

Closer - The Coors.
Over By Gnato


Je n'ai plus les mots. Seuls les mots des autres me mettent parfois en mots, encore. Je suis une voleuse.
Seuls les maux des autres trouvent en moi les échos suffisants pour que j'use de la parole. Vers eux.
Je suis du vent. Et si lourde, encore. Tellement. Je rêve d'envol.

Pourtant tout s'agite. En noir mais aussi en bleu. Un bleu serein. Sans violence.


Je lutte encore contre ce corps pour devenir un. Il fait tellement mal, encore.
Peut-être qu'elle a raison, il ne fait que m'indiquer un tournant, une évolution.
M'invitant par la torture qu'il s'assène à lui-même, à moi, à nous, corps et esprit, qu'il existe.
Qu'il me faut dire nous pour dire moi. Un jour peut-être.
Pourtant il m'use tant que je n'ai plus la force de m'affranchir de lui pour m'unifier. Usée.

Il n'y a plus que le silence pour me raconter et des mots lancés à tout va pour animer le brouhaha de mon esprit.
Des mots alignés pour conter la vie des autres, créés de toutes pièces pour me soulager du je, invisible et effacé.


Et j'ai besoin de la mer. Vite. J'erre sans phare et sans bouée.
Me manque le ressac qui ramène sur la grève. Efface les pas pour laisser place à de nouvelles traces.
Qui donne de nouvelles chances.

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05 avril 2009

Anymore.

angustia__by_vachi_bumbernickleJe n'ai plus envie. Plus d'envies.
Plus envie d'être là. D'être. De me relever. D'avancer. De courir après des bonheurs éphémères qui ne laissent au cœur aucune douceur, mais seulement l'âpreté du manque et de la solitude qui délitent chaque parcelle jusque là préservée. Plus envie de me battre. A quoi bon me battre encore ? Au nom de quoi ? Pour un corps qui ne cesse de dresser les armes contre moi, même dans les tréfonds de sa propre peau. Plus envie de l'alimenter, il y aiguise ses lames et me lacère, lentement, massivement, silencieusement. Je n'ai plus rien à dire, plus rien à offrir. Je suis vide et me remplir n'a plus aucun sens. Tout serait mensonge, savamment tricoté de fils du silence et des tromperies. Tout s'esquisse à mesure que cela s'efface.
Je n'ai plus d'envies. Seulement celle de fuir de cette vie que je ne mène pas, mais subi si souvent que cela ressemble au quotidien, désormais. Je ne sais plus quand le sourire dit vrai. Quand il vient de si loin qu'il n'est même plus commandé, prémédité, espéré. Je n'ai plus envie de rire, de répondre, de feindre, d'être présente, de tenir mon rôle. Plus envie. Plus les forces non plus. Je cours en tous sens, sans savoir après quoi. Juste le devoir de maintenir la réputation, de jouer les infaillibles, de cocher les obligations remplies. De raviver les couleurs de l'illusion. La douce comédie, ne blesse personne. Seulement mon âme sur les herses de la chair trop présente et du vide qui noie chaque inspiration à la trouble surface.
Je n'ai plus d'envies. Plus envie.

Je suis fatiguée, tellement. Et c'est bien là, seulement, que mon corps et moi nous nous rejoignons. Dans cette fatigue inexpliquée qui saisit membres et souffle et les courbe jusqu'à la faiblesse. Jusqu'à la chute.

Il serait de bon ton, à présent, de faire tomber le rideau sur cette mascarade. Être honnête, une dernière fois. Pour qui de droit. Ou pour moi, celle que je ne suis pas.

By Vachi Bumbernickle

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07 mars 2009

Fièvre.

59a3c3892b71348e1be95d072feb25c4Fiévreuse. Ou emmerdeuse. Je saute de partout. Ne tiens pas en place. Tourne en rond. Me cogne à ma solitude débordante comme à mes meubles de location. A mes silences. Alors que je me gave des mots des autres. De mots pour les autres. Je ne recrache que du silence. Celui qui remplit mes poumons. Chasse l'air.
Fiévreuse. Je suis l'enfant qui crie en jouant. Qui monte les remparts de son monde par l'affirmation de sa présence. Dessine les limites et les portes d'entrée, des arc en ciel de mensonges et de chimères si naïves et si désespérées, pour mieux s'effacer. Je suis l'enfant qui tire sur les manches des adultes en pleine discussion, sérieux et si lointains. Qui  réclame et ne sait pas ce qu'il veut. Je ris, chante, ondule. Tournoie et cours. Je cours après quelque chose dont j'ignore la nature. Pour faire sortir quelque chose dont j'ignore la nature. L'apaiser, le distraire. L'oublier. Pour m'en débarrasser autant que pour m'en remplir. J'élève des cathédrales de silence et de vide.
Fiévreuse. Excitée. A vif, à cran. Je ne dors plus. Ne fais pas tellement grand chose d'autre que tuer et rattraper le temps. Comme tendue et en transe. En perpétuel mouvement, défoulement intempestif et désordonné. Le besoin d'user ce quelque chose d'inidentifiable me tient. Me fait valser d'une rive à l'autre. Me réveille la nuit, quand finalement le corps a cédé. Je n'entends plus la mélodie du calme. Et cache mes larmes qui ne sont plus que des soubresauts, des spasmes, sans écoulement, dans l'ombre d'une pièce sans fenêtre. Lentement je suffoque. Un poids sur la cage thoracique. Une douleur zèbre le muscle cardiaque. Mes jambes tremblent, ne me tiennent plus. Et pourtant je cours partout dans Paris. Pour oublier ce qui fuit devant moi. Devant mes bras tendus.
Fiévreuse, comme ceux qui s'énervent sans raison apparente. Mais parce que cela bouillonne en dedans, derrière le masque de la constance, de la tempérance. Des brûlures sans nom mais qui exigent l'accalmie. La prise en considération. Le soin. Comme ces gens qui brassent de l'air et des sourires, des mots et des caresses sur les joues de ceux qu'ils ennuient à trop bavasser et à vouloir consoler, faire rire. Comme ces gens qui ne sont pas méchants, au fond. Juste si peu à leur place qu'ils en font plus que de raison pour expliquer, excuser leur présence. Juste si peu d'ici. Et qui tiennent bon, le masque, les dents serrées. Comme ceux qui savent lire les signes au creux de leurs poings fermés. Ces signes qui ne trompent pas. Trahissent. Qui savent que la chute pointe dans le sillage des signes qui n'ont rien du hasard. Qu'il faudra, après elle, et ce, quelque soit son numéro dans la liste et l'intensité de cette destitution de l'équilibre premier, se relever. Une fois encore. Et avancer. Jusqu'à la prochaine mise à terre. En terre. Pour l'instant, tout n'est que signes. Ils ont dépassé le stade avant-coureur. Et prémices. Pour le moment, la chute. Ensuite, peut-être, le regard sur l'horizon qui se moque des luttes et toujours recule tel l'écho d'un appel. Comme ces gens qui s'évertuent à détourner le regard de ce qu'ils sentent naître sous leur peau, je cours. Fiévreuse.


Les songes ont des âmes que l'on trouve égarés
Au creux de nos têtes le visage masqué

Au creux de ma tête ils sont lourds à porter
Mes songes font de moi une tête penchée

Dans l'au-delà
Faut-il aller se noyer ?

Il y a dans mes songes un visage inconnu
A la tête ronde, triste comme un pendu

Dis-moi qui es-tu et ce que tu as vu
Et si tu ne veux rien dire alors, laisse-moi dormir

Dans l'au-delà
Faut-il aller se noyer ?

Songes -  Emily Loizeau
Pix By Rachel des Bois.

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27 février 2009

Et autrefois me revient.

Un enfant ne devrait jamais apprendre la couleur de la douleur dans les yeux de sa mère.

doll__s_dark_by_LittleFlair

Et tout me revient. Je me souviens. De tout. Des premières larmes que j'ai vu s'échapper de son regard vidé par la tristesse sans fond. Et mes bras étaient toujours trop courts pour enlacer et étrangler ses douleurs. Jamais les bons, non plus. Je me souviens de leurs cris. De ses sourires retrouvés à la volée. Ceux épiés du fond des armoires. Et des torrents qui l'ont anéanti, ensuite. Des papiers trouvés, après avoir fouillé. Quelques chiffres d'un numéro d'urgence. De mes bras, toujours si peu suffisants. Si peu. Je me souviens des promesses à la lune pour la venger. La protéger. Et faire renaître son sourire d'autrefois, de si loin, quand elle nattait mes tresses d'enfant. Je me souviens. De tout. Je n'ai pas oublié que j'ai échoué.

Doll' Dark by LittleFlair

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